Si l’on tape « parent » dans la barre de recherche Google, apparaît le lien qui mène vers Wikipédia, où l’on peut lire :
« Le terme parent, relatif à la famille, désigne la personne qui élève et protège l’enfant. 
Responsabilité du parent : Selon le philosophe Hans Jonas, la responsabilité parentale englobe tous les aspects de la vie des enfants, de la simple existence jusqu’aux intérêts les plus élevés. La responsabilité s’exprime d’abord du point de vue corporel ; ensuite vient s’ajouter toujours davantage tout ce qui tombe sous la notion d’« éducation », prise dans tous les sens : les aptitudes, les relations, le comportement, le caractère, le savoir, dont la formation doit être surveillée et encouragée et, si possible, le bonheur. »

De façon intuitive, c’est ce que font les enfants : ils font confiance à leurs parents. Ces parents qu’ils prennent même au départ comme un prolongement d’eux-mêmes, comment serait-il possible qu’ils leur fassent du mal ?

Depuis aussi longtemps que je me rappelle, à chaque fois qu’il y avait ce genre de « faits divers » aux infos, les infanticides… je me glaçais littéralement de l’intérieur et je ressentais une empathie tellement « connectée » envers ces enfants tués par leurs parents, et plus particulièrement quand ils étaient assassinés par leur père…
En réaction à ce genre de nouvelles, j’éprouvais une sorte de compassion inconditionnelle pour ces victimes… Je les imaginais couchés dans leurs petits lits, bien au chaud, confiants car chez eux, sereinement endormis et se réveillant en sursaut paniqués en sentant la vie quitter leur corps et réalisant avec effroi que celui qui leur ôtait la vie, c’était leur père… Et je restait « bloquée » sur cette pensée : « C’est terrible, la dernière image qu’ils auront eue avant de mourir, c’est leur père, celui en qui ils avaient toute confiance, en train de les tuer… »

Sans m’expliquer pourquoi, j’ai vécu avec cette empathie démesurée pour les victimes de ce genre de « faits divers », qui me troublaient à chaque fois, tellement j’avais l’impression de pouvoir ressentir ce qu’avait été la dernière pensée de ces enfants. J’ai mis ça des années sur le compte de ma très grande sensibilité…

Depuis que je « sais », grâce à mon « chemin » de reconstruction, j’ai compris pourquoi j’avais cette empathie.
Quand un enfant est violé par son parent (mais ça marche aussi pour un adulte qui n’est pas son parent), c’est quelque chose de tellement inconcevable pour lui puisqu’il fait confiance aux « grands », surtout à ceux qui ont la mission de le protéger, que ça « beugue » dans le cerveau (cf : C’est quoi la mémoire traumatique ?).
Ce qu’il s’est passé pour moi, comme pour des milliers d’enfants, c’est que lorsque que mon père m’a touchée, en fait la « petite fille » est « morte » en quelque sorte, tétanisée par l’acte commis par l’une des personnes en qui elle avait le plus confiance. Il fallait qu’elle meure même, c’est mieux d’être mort pour ne pas pouvoir se souvenir… et c’est mieux de ne pas se souvenir pour avoir la force de rester en vie…

En « mourant » de la sorte, en déclenchant l’amnésie traumatique, la « petite fille » m’a sauvé la vie (entendez par-là, évidemment, mon cerveau s’est mis en mode protection et je me suis sauvé la vie). Cependant, même en ayant partiellement effacé les souvenirs de « l’horreur » de ma mémoire, j’avais toujours accès au sentiment de terreur éprouvé sur le moment, et c’est à chaque que j’apprenais un infanticide que je m’y re-connectais…

Si les souvenirs semblent pouvoir s’effacer, au moins disparaître temporairement… les émotions, les sensations paraissent plus tenaces…

Anne Lucie

Publicités