tous-les-freres-font-comme-caLaurent Boyet a écrit un livre pour partager son expérience, le fait qu’il ait été violé, de 6 à 9 ans, par son frère, de dix ans son aîné. « Tous les frères font comme ça… » qui est paru le 28 janvier en exclusivité chez France Loisirs et sortira dans toutes les librairies, avec Hugo et Cie, en octobre prochain.

Laurent a 46 ans, il est marié, père de 3 enfants, capitaine de police à la Police aux Frontières du côté de Perpignan. Il a un diplôme en Sciences Économiques. C’est à 39 ans que Laurent dévoile ce que son frère lui a fait. Avant cette révélation, il décrit sa vie comme « une vie entre parenthèse, une non-vie ».

Laurent a eu la gentillesse de répondre à quelques questions, avec beaucoup de générosité :

• A quel âge es-tu sorti de l’amnésie traumatique, et qu’est-ce qui t’a permis de te souvenir (si ce n’est pas trop indiscret bien-sûr) ?

En fait, c’est assez étrange car je ne peux pas dire que j’ai connu vraiment une amnésie traumatique. Ce que mon frère m’avait fait était en moi. Il m’a violé alors que je n’avais que 6 ans. Il en avait 10 de plus que moi. Cela a duré 3 ans.  Je le savais. Il ne se passait pas une seconde sans que je ne repense, que je ne revive même ces instants. C’était à la fois enfoui en moi pour que personne ne puisse le deviner et en même temps à la surface de mon âme.

Ça ne sortait pas. Je n’y arrivais pas. J’avais trop honte, je me sentais coupable, plus que mon frère. Je me sentais sale. Et puis un jour, à force d’essayer encore de détruire ce bonheur qui était le mien et que je pensais ne pas mériter, ça a été plus fort que moi. J’ai eu peur de perdre ma femme, peur de perdre pied complètement. Tout d’un coup les digues ont lâché. Tous les autres sentiments ont été balayés pour faire place à la colère. J’avais 39 ans. Il fallait que je parle. Je ne pouvais plus le garder pour moi.

• Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire ton livre ?

En fait, je n’ai jamais fait de thérapie avant de dévoiler aux miens ce que mon frère m’avait fait. Je l’ai fait en leur adressant une lettre. Ils m’ont insulté, m’ont exclu de la famille. Ma mère, elle, m’a dit qu’elle me croyait parce qu’elle s’en était toujours doutée. Je n’étais pas prêt à entendre cela. Ça a été une déchirure et j’ai alors dû commencer une thérapie.

Mais je n’ai jamais trouvé de thérapeutes qui prennent bien conscience de toutes les conséquences d’un inceste.  Pour eux c’était un simple viol aggravé. Ça va bien plus loin. Écrire a été pour moi une façon de me libérer de ce fardeau. Ça a été ma thérapie.

• Quelle est pour toi la « mission » de ton livre ? 

J’ai passé ma vie, enfin 40 ans de ma vie, à me poser cette mauvaise question : Pourquoi ? Pourquoi il m’a fait ça ?  Mauvaise question parce qu’elle rend fou. Elle n’a pas de réponse. Mon frère m’a violé. C’est comme ça, je ne peux pas refaire mon histoire. La question est : qu’est ce que je vais en faire ? J’ai choisi de publier ce livre sous mon nom propre. J’ai choisi de parler à visage découvert pour donner du courage aux victimes, leur montrer que la honte doit changer de camp. Il y a forcément des mains secourables autour de vous encore faut-il la force de les saisir. Parler est douloureux mais aussi tellement libérateur.

• Tu interviens dans de nombreuses conférences et sur de nombreux média, au-delà de ton livre, te sens-tu désormais investi d’une mission sur le sujet de la lutte contre la pédo-criminalité ? Si oui, laquelle ? 

Absolument. Je reçois énormément de messages privés via Facebook. Les gens me racontent leur histoire. Certains le font pour la première fois. Mon livre semble tellement les aider. Ça me touche. Je veux parler en leur nom. Ma mission est double. Tout faire pour que les victimes trouvent la force de déposer plainte pendant le temps de la prescription. Je suis certain qu’un jour ces délais évolueront. Peut être même, et je le souhaite, pour aller vers l’imprescriptibilité Et je milite pour cela, mais en attendant, il faut aider les victimes durant ce temps de la prescription. Deuxième mission : faire de la prévention. Tout mettre en œuvre pour que les enfants comprennent quand les choses ne sont pas normales, trouvent le courage de dire non et soient écoutés.

Guérir et prévenir, voilà ma mission.


Merci infiniment Laurent !

Anne Lucie

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