Survivante de l’inceste, ma mémoire traumatique s’est brusquement réveillée peu avant mes 30 ans (en octobre 2005).

En 2006, je commence l’écriture de mon premier roman, Naissance, une démarche essentielle à mon processus de reconstruction.

A l’époque, en Belgique, le délai pour porter plainte est de 10 ans après la majorité. Les faits sont prescrits avant même la levée de mon amnésie post-traumatique. En imaginant un délai de 15 ans après la majorité, comme c’est le cas depuis 2012 – disposition non rétroactive -, cela n’aurait rien changé.

Entre mes 30 et 32 ans, je ne suis absolument pas en mesure de faire ces démarches. C’est beaucoup trop tôt. Ma vie est chamboulée à 360° par ces souvenirs remontés à la surface sous forme de flashbacks, émotions fortes et sensations liées aux agressions. Je suis bien trop occupée à gérer les bouleversements soudains qui me déstabilisent beaucoup. C’est un travail de titan qui me prend énormément d’énergie. Mon stress post-traumatique est dix fois plus élevé qu’aujourd’hui.

En septembre 2012, je porte plainte pour violences sexuelles sur mineure. C’est symbolique. Malgré quelques maladresses commises par les policiers – insuffisamment formés -, je suis entendue et crue (ce qui est déjà énorme, car bien des victimes ne sont pas prises au sérieux). Cela dit, recevoir près d’un an après une lettre stéréotypée du Parquet de Bruxelles me stipulant que les faits sont prescrits, même si je m’y attends, me fait l’effet d’un coup dans le ventre. Une vraie violence, une de plus.

En janvier 2013, en prévision de la sortie – enfin ! – de mon livre, je crée mon blog sur lequel je continue de mettre en mots les ressentis qui me traversent durant ce long parcours de reconstruction…

Au mois de mai de la même année, donc, Naissance paraît aux Editions Chloé de Lys et poursuit son chemin de belle façon.

Alexandra Coenraets


4ème de couverture de « Naissance » :

Comment vivre quand on est morte très tôt ?
Quand on tâtonne dans le noir ?
Comment être une femme quand on nous a volé le droit d’être une fille ?
Comment apprendre à désirer ?
Comment vivre sa sexualité de femme ?
Comment vivre ses relations avec les autres, avec les hommes ?

« Un jour lointain de mon histoire, je ne peux dire précisément lequel, la vie s’est ternie d’un coup et je me suis retrouvée dans une enveloppe morte.
Disparues la conscience et la beauté de pouvoir me vivre en tant qu’être sexué.
A partir de ce moment-là, je me suis éteinte et j’ai oublié jusqu’à la moindre trace de ce qui s’était passé. »

Publicités