Elle m’a dit…

Elle m’a dit que lorsqu’Elle avait 2, 3 ans, Elle ne sait plus, Elle avait été violée par celui qu’Elle appelait « papa », celui qui l’avait élevée depuis ses 2 ans. A l’âge où on joue à la poupée, c’était Elle le jouet. Combien de fois ça s’était passé, 3 fois, 10 fois, 20 fois, on s’en fout, 1 fois suffit pour faire du mal à un enfant. Il lui a dit : »Tu ne dis rien, sinon je tue ta mère et tes frères. »

Elle m’a dit qu’elle se souvenait de sa mère avec le visage « pas beau », les côtes fêlées sous les coups. Qu’Elle avait noté ses pensées sur un cahier qu’Elle cachait au dessus de son armoire, pour qu’il ne tombe pas dessus.

Elle m’a dit qu’Elle avait su, des années plus tard, que son frère avait vu à travers le trou de serrure de la chambre, que ça la rendait malade qu’il ait pu voir ces « choses ».

Elle m’a dit qu’un jour, il l’avait frappée violemment parce qu’Elle avait « répondu » à sa mère… Elle m’a montré sa cicatrice derrière l’oreille.

Elle m’a dit qu’un soir où sa mère partait travailler pour la nuit, Elle lui avait parlé. Elle ne sait plus très bien ce qu’elle lui avait dit, mais plus tard sa mère lui avait raconté qu’elle avait parlé à « papa » et qu’il lui avait répondu « C’est une petite salope, elle m’a allumé. » Bon sang comment une enfant de 8 ans peut elle allumer un adulte !!!

Elle m’a dit qu’Elle se souvenait de son entretien avec le juge des enfants, qu’Elle lui expliquait en pleurs, ces choses qu’il lui faisait faire.

Elle m’a dit qu’il avait pris 18 mois pour « attentat à la pudeur », oui à l’époque, obliger une enfant à une fellation n’était pas considéré comme un viol…

Elle m’a dit qu’Elle n’en voulait pas à sa mère, même si celle-ci le pense aujourd’hui. Non, elle n’y est pour rien, elle aussi a souffert et subit. Elle m’a dit qu’elle aimait sa mère très fort même si elle ne lui dit pas toujours.

Elle m’a dit qu’à l’adolescence, elle cachait son corps qui se transformait sous des t-shirts et des pantalons parfois trop grands pour Elle. Qu’Elle avait été « amoureuse », mais de loin, en pensée… il y a moins de risques.

Elle m’a dit qu’Elle avait plus d’amis garçons que filles. Allez savoir pourquoi ! Peut être parce qu’Elle était un peu plus mature que les autres filles…

Elle m’a dit que c’est à 23 ans qu’Elle avait rencontré celui qui deviendrait son 1er amant, son premier amour aussi peut-être. Il l’a quittée parce qu’il en aimait une autre, tant pis !

Elle m’a dit qu’elle avait rencontré celui qui deviendrait son mari, ça n’a pas marché mais Elle a eu son enfant, son amour, celui pour qui Elle se bat tous les jours… Celui pour lequel Elle mourrait s’il lui arrivait malheur.

Elle me dit que parfois Elle pense à cet autre enfant, qui est parti avant d’avoir vécu et qu’Elle ressent un vide à l’intérieur.

Elle m’a dit qu’à cette époque, Elle avait fait une thérapie parce qu’Elle en avait besoin. La psy lui avait dit : « Que si enfant, elle ne s’était pas créé cette armure, cette carapace qui parfois la montrait distante et froide par rapport aux autres, Elle serait aujourd’hui enfermée dans un hôpital psy. »

Elle m’a dit qu’une nuit, Elle s’était réveillée le cœur battant la chamade, qu’Elle avait rêvé que quelqu’un marchait dans le couloir et venait se glisser sous ses draps… Plus tard, Elle se rendra compte que l’appartement qu’Elle occupait alors, était la réplique exacte de celui de son enfance… Ah ! Le cerveau peut être notre allié comme notre pire ennemi…

Elle m’a dit qu’Elle regrettait d’avoir si peu de souvenirs de son enfance. Quand son enfant lui pose des questions à ce sujet, Elle ne sait pas quoi lui répondre… C’est peut être pas plus mal !

Elle m’a dit qu’on lui disait qu’Elle était belle, mais quand Elle se regardait dans un miroir, Elle pensait que ce n’était pas le cas.

Elle m’a dit qu’Elle avait du mal à dire « Je t’aime », de montrer ses sentiments. Peut-être par peur de la réaction de l’autre. Mais qu’Elle aimait sa mère, ses frères et sa sœur, même si Elle ne leur disait pas aussi souvent qu’il le fallait.

Elle m’a dit qu’Elle ne pleurait pas souvent, à quoi ça sert ?

Elle m’a dit que parfois Elle se sentait seule, qu’Elle avait envie d’hurler « Qu’Elle était là, et qu’Elle voulait qu’on s’occupe d’Elle. » Mais, Elle sait aussi qu’Elle est casanière, qu’Elle fait son « ourse » qui hiberne… C’est son choix !

Elle m’a dit que parfois, Elle se sentait invisible, en même temps, adolescente, Elle jouait avec ça pour qu’on l’oublie, qu’on la laisse tranquille…

Elle m’a dit qu’aujourd’hui, à presque 40 ans, elle faisait le bilan de sa vie, que celle-ci finalement n’était pas si mal, qu’Elle s’en sortait bien. Qu’ Elle avait parfois le blues, mais qui ne l’a pas ? Qu’Elle avait un métier qu’Elle aimait, un enfant qui est tout pour elle, une famille, des amis, certes peu, mais sur qui Elle peut compter.

Elle m’a dit qu’il y a pire dans la vie. Elle a tourné la page, et Elle voudrait que les autres fassent de même.

Elle m’a dit qu’Elle voulait que j’en parle, peut-être pour que les autres comprennent pourquoi Elle était ainsi…

Oui, Elle m’a dit tout ça en confidence, au creux de l’oreille.

Et je sais que c’est la vérité, parce que Elle, c’est Moi.

Céline

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