MOURIR DE MOI :
 OU L’EXUVIE D’UN CORPS BLESSE

Chronique d’une mutation troublante, l’Exuvie est une transe lente où tout se transforme. Son processus de transformation, d’un état liquide et translucide jusqu’à sa solidification définitive. Du chaos naissent les étoiles. «Exuvie» désigne l’enveloppe laissée par les vertébrés après la mue.

Voilà, le moment est venu où je ne trouve plus la force de me tenir debout, en vie… J’ai trop mal, d’avoir Mal.
Je suis perdu, je ne me comprends plus.
Mourir de moi, c’est comme mourir d’un cancer.

Mon heure est arrivée, je n’en peux plus de ce monde dans lequel je suis.

Le monde tel qui l’est ne m’a jamais appartenu et ne m’appartiendra jamais.

Voilà, il est arrivé ce moment que je ne pensais jamais atteindre.

Je me sens misérable et obsédé par cette situation.

Moi, l’intellect de l’affect, le zombie des émotions.

Je ne sais plus si je veux mourir, ou si je suis déjà mort.

La mort qui m’a toujours habité.

La mort que j’ai toujours voulu fuir et qui était ancrée au plus profond de moi.

Maintenant il faut y aller et ne plus subir.

Ne plus lui laisser la place, le champ d’action dans lequel je me suis débattu tout ce temps.

J’ai en moi ce mal de vivre, j’ai toujours eu du mal à vivre.

Je ne me suis jamais donné le droit à l’existence.

Le seul droit que je m’octroie, c’est la souffrance et la mort.

J’ai le droit de mourir, car je n’ai jamais eu le droit d’exister.

Me tuer aura été la seule chose de vraie dans ma vie, la seule action vraie, le seul choix que j’aurai fait dans ma vie

M’octroyer le droit à la mort.
Je ne me donne le droit de Rien, à part celui de souffrir et de mourir.

Je veux Mourir de Moi, partir loin de moi.
 J’en ai assez de me fuir, de me mentir.
 Je pars, comme ça il ne restera rien de moi.
Je veux qu’il ne reste plus rien de moi, je ne veux plus vivre avec le reste de moi-même.
Je ne me supporte plus, je ne me porte plus, j’ai plus la force ni le courage, je suis épuisé de moi. Car moi, n’existe pas, je n’ai jamais existé pour moi.

Mes souffrances m’ont fait vivre sans avoir le droit d’être ce que je suis.

Je ne serai jamais moi, je serai toujours l’autre, celui qui souffre.

On m’a tué un jour, je me tue aujourd’hui.

Je n’ai Rien, je ne suis Rien et rien dans ce monde n’est fait pour moi, je ne fais que me battre avec moi-même et le monde.

Tu ne m’auras pas tué, Mort, car je suis déjà mort, je n’ai jamais existé. Je suis l’ombre de moi-même, l’ombre du Mal que l’on m’a fait.
C’est trop dur, j’ai mal et je ne sais plus.
Je veux mourir de mort pour ne plus mourir de souffrance.

Je veux me délivrer de moi et du reste.
Aujourd’hui, je me meurs de moi, de mes propres mains, et je meurs.
Ce qu’on m’a fait, je me le fais.
Comment mourir si on est déjà mort une fois,
si ce n’est que de s’attaquer à son corps et lui donner à son tour…la Mort. Aujourd’hui, je veux mourir, je veux que tout meurt et s’efface.

Mon corps tremble, mes yeux pleurent et mon cœur ne trouve plus la force ni le courage de me tenir debout.

Je veux m’allonger et dormir pour ne plus me réveiller dans ce cauchemar qu’est ma vie. Je n’ai jamais rien fait pour moi, et mon moi n’a jamais rien fait pour l’autre. 
La vie n’a jamais voulu de moi et je n’ai jamais voulu d’elle.
 Je suis mort de vivre.

J’ai été tué un jour, et aujourd’hui je me tue moi, et mon corps.

Il est temps, il arrive le temps où tout doit s’arrêter Je dois tout arrêter, la vie, ma vie.

Je n’ai jamais eu le goût de la vie, comme pour un plat qu’on déguste et auquel on trouve toutes les merveilles.

Moi, mon plat, était, depuis le début, amer, sans goût, ni espoir. Je me meurs de mourir de vivre.
Je veux mourir mais je ne veux pas avoir mal.
 Comment mourir sans avoir mal ?

Mourir dans son sommeil ?

Dans ce cas, je suis déjà mort, car le sommeil a toujours été le maitre de mon Moi.

Mourir car je n’ai jamais eu de cœur sincère.

J’aimerais que tu t’arrêtes de battre, que tu arrêtes ce rythme effréné, de marathonien, qui te fait faire et dire tout le contraire de ce que tu es.

Mon cœur ne m’appartient pas, ne m’a jamais appartenu. Mon cœur, une usine à souffrance, mon bourreau, qui m’attaque de l’intérieur, qui me ronge petit à petit jusqu’à ne plus avoir de cœur. Mon cœur mon faux allié, mon faux semblant.
Tu m’as menti sur moi et je t’en veux. 
Je veux que tu meures, car dans la mort, tu ne pourras plus me détruire.
Je ne serai plus là, pour te satisfaire de mes souffrances.
Tu ne m’as apporté que misère et désolation.
 Désolé d’être vivant, désolé de vivre. 
Je ne sers à rien dans cette vie, je laisse la place à ceux et à celles qui ont une vie à remplir. Moi, je suis un parasite, pour moi et pour les autres. 
Je n’apporte que souffrances, larmes, doutes et destructions. 
Je me meurs de vivre.
Se tuer, c’est mourir de vivre. 
Je n’en veux plus de cette vie, je veux qu’elle meure, cette vie.
 Je n’ai plus le droit de vivre, comme je n’ai jamais eu le droit d’exister.

Qu’est-ce qu’une vie sans existence ?

Une vie sans existence, c’est comme un trou béant à l’intérieur de soi, qui ne pourra jamais, jamais, se remplir de vie.

C’est un monde de souffrance où il fait noir, où l’on avance tel un fantôme, comme l’ombre de soi- même.

Comment vivre une vie entière, lorsqu’on souffre de soi-même.
 Rien ne nous appartient, même pas soi-même.
J’aimerais mourir de moi et du reste de ma vie. 
Même dans « mourir » je ne trouve pas la force et le courage de la mort, de me tuer. Tout est dit et rien ne restera comme avant.

Car mourir pour moi, c’est vivre pour soi. 
Car mourir pour moi, c’est sortir de sa chrysalide et prendre son envol. Du chaos, naissent les étoiles. 
Et la nature en est la preuve

Lotfi

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