Le territoire de mon corps est à reconquérir.

Ce corps qui a vieilli sur des traumatismes.

Ce corps que j’ai pourtant défendu, rêve de la dignité naturelle du vivant heureux.

Il existe malgré tout, au fond de moi, une vision d’amour, intacte et simple par laquelle il peut jouir de sa présence au monde.

Cette douceur et ce droit de naissance sont ceux de l’enfant immaculé qui est resté sous les décombres.

Je le prends enfin dans mes bras à l’heure de mon automne.

En se défigeant, il se redresse et grandit.

Il s’est cru et se croit encore illégitime.

Pourtant les bonheurs s’accumulent et je lui apprends qu’ils sont aussi là grâce à lui.

De sa part d’ombre et de douleurs poussent des fruits gouteux et généreux.

L’amour l’entoure et il apprend, comme une langue qu’il ne comprend pas, ce que sont ces mots suaves de l’amour non toxique.

Cet amour qui n’est pas une monnaie d’échange.

Cet amour qui se donne inconditionnellement et se reçoit de la même façon.

Je lui conte comme une histoire magique afin qu’il ne se croit plus la proie d’un chantage.

Peut – être dois- je encore rassurer l’enfant blessé qu’il mérite qu’on l’aime.

Juste être aimé, rien d’autre…

Juste aimer, rien d’autre…

Mon corps est le territoire sans mots où mon enfance tape encore le long de ma peau afin qu’il déploie ses ailes longtemps atrophiées.

Etre à son écoute est parfois difficile pourtant il est la voix de la vérité bâillonnée.

 

Anne Fernandes

Anne Fernandes est l’auteur du livre « De lettres à l’être », que vous pouvez vous procurer ICI et  ICI. Vous pouvez découvrir ICI son interview audio sur ce blog. C’est avec plaisir que nous accueillions ces textes sur le blog, dans la rubrique « L’Or des cicatrices »
Illustration : Anne Fernandes