Un supplément de vie

 

La tristesse est plus douce maintenant.

Dans mon enfance et les dizaines d’années qui ont suivi, il a fallu tout taire.

Quand je tentais de dire ce que je sentais, c’était détourné, dévoyé par des théories « cérébralisées » d’intellos perdant l’écoute.

Je n’arrivais pas à faire entendre mes messages alors j’oubliais de plus en plus, puisque personne ne recueillait ma parole.

Je devais donc me tromper pour que mes quelques mots ne soient pas perçus, pas plus que les maux immenses de mon corps.

Maintenant il n’y a plus de secret.

C’est une autre douleur de savoir ce qui se cachait dans ce mal de vivre et ces angoisses inexplicables en apparence.

J’accède pourtant à bien plus. Un monde où je ne suis plus étrange. Où m’attendait tant d’amour.

Celui des gens qui ont fini par m’entendre, celui des amis qui m’ont entourée, des rencontres qui m’ont tenu la main.

Alors quand la tristesse revient, je la berce par la découverte d’une nouvelle famille.

Enlacée par l’attention et le respect.

Émerveillée de me sentir basculer de l’horreur à la chance.

J’ai cette chance de vivre un supplément libéré.

Je n’ai jamais su ce qu’était l’insouciance.

Aujourd’hui de petites échappées me posent dans un ici et maintenant heureux.

En me souvenant, j’ai pris mon envol et j’ai perdu mon absurde monde dans lequel j’ai grandi, dans ce faux moi, cette fausse vie de famille, cet amour malade. Je croyais avoir un entourage malgré mon silence et ma solitude.

Je pensais pouvoir dire « les miens ». C’était un clan très malade.

Une autre famille traverse mon cœur, une famille d’âme avec laquelle je respire mieux, je partage mieux.

Je découvre que je suis apte, apte au bonheur, apte aux relations sans toxicité. Et peut-être, en ai-je le don.

Je crois que je peux transmettre autre chose que cet héritage que je casse et cela me remplit de joie.

J’ai bien été le maillon de la chaine qui rompt.

La génération qui parle.

Et toute l’énergie de l’univers s’en est mêlée, car ma petite histoire rejoint tous ces courages anonymes ou célèbres qui œuvrent pour que les consciences s’éveillent.

Je préfère la vie vraie que m’offre la délivrance de ma mémoire.

Je me reconnais aujourd’hui et je me suis retrouvée.

J’ai l’impression de marcher dans un monde réel, d’entendre les sons autrement, de parler avec ma vérité.

 

La vie palpite d’un supplément qu’elle vient de m’offrir.

 

Anne Fernandes

Anne Fernandes est l’auteur du livre « De lettres à l’être », que vous pouvez vous procurer ICI et  ICI. Vous pouvez découvrir ICI son interview audio sur ce blog. C’est avec plaisir que nous accueillions ces textes sur le blog, dans la rubrique « L’Or des cicatrices »
Illustration : annaertzbischoffpeintures.com