En ce mois d’avril 2018, ce chanteur, écrivain, poète au cœur si généreux a tiré sa révérence… Jacques Higelin nous a quittés.
Je l’aimais bien, je l’ai vu en concert plusieurs fois et j’ai, à chaque fois, été profondément touchée par son humanité.
Quand j’ai appris son décès, je suis allée prendre dans ma bibliothèque, sa biographie, cadeau d’anniversaire reçu 3 ans plutôt, que j’avais parcourue… Il était parti, je lui devais bien cela : lire avec application le récit de vie de cet homme qui a su rester libre quel qu’en fût le prix à payer…

J’ai dévoré le livre à chacun de mes moments « libres » et dimanche, je suis arrivée page 287, un chapitre se termine :
« Juliette Gréco aime dire qu’elle n’a pas tué l’enfant qui est en elle. Peut-être parce qu’elle a aussi traversé la guerre ? Je ressens la même chose.
Et l’enfance n’est pas folle. Elle est intransigeante. Elle est une force. 
»

Après avoir lu ces mots, je pense que finalement survivre au fait d’avoir été violé c’est un peu comme si on avait survécu à la guerre. Si on arrive à se connecter à l’enfant qui est en nous, qui a survécu à cette horreur, je crois que nous pouvons nous reconnecter à cette « intransigeance » que nous avions enfant et retrouver la force d’oser vivre pleinement !
Et avec ces réflexions en tête, je tourne la page…

« Un soir au Casino de Paris, une petite fille assise au premier rang capte mon regard. Elle est grave, digne et belle. Accompagnée de sa mère, sa tante et sa grand-mère. Je m’approche d’elle, et je me mets à lui parler. A lui improviser une déclaration :
‘Je suis un baladin, un poète et ce soir, tu es mon égérie.’
Je lui parle d’amour, de l’amour véritable. Je lui dis qu’elle doit avoir confiance dans la vie, qu’elle est plus belle qu’une princesse, qu’elle est une reine :
‘L’amour, c’est délicat, c’est fin, c’est joli, c’est passionnant. Un jour, tu rencontreras un prince, très charmant, qui t’aimera profondément. Et sa tendresse, et son respect, seront comme autant de cadeaux de la vie que tu mérites.’
Son regard appelait tous ces mots en moi, il réveillait le petit garçon de Chelles qui aimait toute la pureté de son âme d’enfant. La salle elle aussi, était gagnée par une sorte de beauté et gravité. 
»

Après ces mots, je pense que le fait de l’avoir vu au Casino de Paris et lire cette anecdote me donnent l’impression que je peux avoir été présente ce fameux soir…
Je continue la lecture :

« Après le concert, la fillette est venue me voir en loge, avec sa mère, sa tante, sa grand-mère. Et je lui ai parlé, encore ; elle écoutait sans rien dire. Quand elle est sortie, elle m’a lancé un regard d’une profonde intensité.
Quelques jours plus tard, j’ai reçu une lettre de sa mère, une autre de sa tante, une troisième de sa grand-mère, me racontant son histoire. La petite fille avait été violée. Depuis des mois, peut-être un an, elle ne prononçait plus un mot. Plus un seul. Le lendemain du concert, au petit déjeuner, elle s’était soudainement remise à parler.
Etre artiste, c’est aussi : savoir s’ouvrir vers la jeunesse, savoir comprendre les enfants. C’est même peut-être ce qu’il y a de plus beau… Les comprendre, en les respectant infiniment.
Chaque jour, dans chaque coin du monde, l’enfance est bafouée. Violée. Comment peut-on violer un enfant ? Ceux qui le subissent se sentent salis. En même temps ils se sentent coupables. C’est fou. Je le sais. Je l’ai vécu. Pas besoin d’épiloguer. La seule chose importante à dire, c’est qu’à aucun moment aucun d’eux ne doit se sentir coupable.
Surtout pas.
C’est l’adulte qui a le pouvoir, qui en use, en abuse, et c’est juste dégueulasse. Il emprisonne l’enfant dans le silence. Barbara a très bien dit cela. 
»

Je n’arrive plus à lire, les larmes ont envahi mes yeux, j’ai l’impression que je n’ai pas bien compris ce que je viens de lire. Je relis encore et encore :
« Chaque jour, dans chaque coin du monde, l’enfance est bafouée. Violée. Comment peut-on violer un enfant ? Ceux qui le subissent se sentent salis. En même temps ils se sentent coupables. C’est fou. Je le sais. Je l’ai vécu. Pas besoin d’épiloguer. La seule chose importante à dire, c’est qu’à aucun moment aucun d’eux ne doit se sentir coupable.
Surtout pas. »

J’essaye de terminer le chapitre qui cite un extrait de « Il était un piano noir… Mémoires interrompus » de Barbara, publié chez Fayard en 1998.
« Les enfants se taisent parce qu’on refuse de les croire.
Parce qu’on les soupçonne d’affabuler.
Parce qu’ils ont honte et qu’ils se sentent coupables.
Parce qu’ils ont peur.
Parce qu’ils croient qu’ils sont seuls au monde avec leur terrible secret »

La lecture a ceci de magique que l’auteur s’adresse à vous directement. Dimanche, Jacques Higelin et Barbara m’ont encouragée directement – droit au cœur. Ils ont encouragé mon enfant intérieure à croire en sa vérité, et m’ont dit, comme si je devais l’entendre une fois encore, que je ne n’étais pas seule, eux aussi l’ont vécu…
Ils nous disent à toutes et tous, encore et encore de libérer la parole !

Ai-je été vraiment présente ce soir-là au Casino de Paris ? J’avais tellement l’impression d’avoir entendu ces encouragements… Est-ce que Jacques Higelin me touche à chaque fois en plein cœur car il avait, du fait de son vécu, la capacité de s’adresser à la reine qui est en moi, à mon enfant intérieure, parce qu’il l’entendait inconsciemment puisqu’il était resté connecté au sien ?…  Je ne le saurai jamais sans doute… Une chose est certaine, lire ses mots m’a fait du bien et je me suis dit que ce serait peut-être le cas pour certains et certaines qui lisent ce blog, alors j’ai juste écouté mon cœur qui m’a dit de les partager avec vous. 🙂

Anne Lucie

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