Celles et ceux qui suivent ce blog le savent : Andréa Bescond et moi sommes devenues amies au fur à mesure de notre « militantisme » en faveur de la libération de la parole, celle qui dénonce les violences sexuelles faites aux enfants, celle qui encourage les enfants devenus grands à oser dire l’indicible.

Comme beaucoup, j’ai vu la pièce de théâtre créée par Andréa Bescond et Eric Métayer. Je l’ai vue une fois, puis deux, puis trois… Aujourd’hui je dois en être à 12, et comme je réalise un documentaire qui capte la façon dont le spectacle est transmis par Andréa et Eric à une autre comédienne, je crois que je peux presque dire que je connais la pièce par cœur.

A chaque fois que j’ai vu la pièce, j’ai senti que cela me faisait comme une sorte de scan intérieur : je ressentais là où je m’étais réparée et là où il y avait encore un peu de travail.

Et puis, Andréa m’a invitée en mars dernier à venir voir le film lors une projection dite de « contrôle », nous devions être une dizaine. Je rencontrais en live à cette occasion Adélaïde Bon que j’avais interviewée pour le blog.
Nous nous sommes assises l’une à côté de l’autre et le film a commencé…

Comme j’avais vu la pièce plusieurs fois, je me suis dit innocemment que j’allais gérer l’émotion, vu que je connaissais l’histoire…

J’ai été emportée comme rarement pour des milliers de raisons.

Evidemment, je suis concernée par le sujet. Evidemment, voir ce que je peux ressentir si justement interprété à l’écran a été d’une force que je ne pourrais décrire avec les mots. Evidemment, il y a eu de nombreux moments où je n’ai pu retenir mes larmes, où Adélaïde et moi nous nous sommes tenu la main tellement c’était puissant, tellement les comédiens jouent merveilleusement bien tous les personnages.

Evidemment, on pourrait se dire que je ne suis pas « objective » car dans l’histoire d’Odette, je reconnais un peu, beaucoup, de ma propre histoire…

Et pourtant, parmi les raisons qui me donnent envie de vous convaincre d’aller voir ce film le 14 novembre précisément (car ce sont les entrées comptabilisées le jour de sa sortie en salle qui vont déterminer le temps qu’il restera à l’affiche) il y a la (presque) plus importante : la raison artistique ! Car oui, si vous vous faites ce cadeau d’aller au cinéma voir « Les chatouilles » vous allez découvrir un film comme on n’en a jamais vu.
Je travaille dans le milieu du cinéma depuis plus de 20 ans et je n’avais jamais vu un film comme celui-là. Andréa et Eric ont osé des choses qui font de ce film un bijou artistique unique, et tellement « rafraîchissant » car ils nous emmènent là où on ne pensait pas aller, là où on n’est jamais allé au cinéma, et quel bonheur d’être surpris, enchanté, tant sur le plan artistique qu’émotionnel.

Et puis, il y a la danse, personnage quasiment à part entière dans ce film, qui surgit au détour d’une rue, qui permet de reprendre sa respiration, qui permet de ressentir physiquement, au-delà des mots… Enfin je voyais à l’écran comment je m’imagine parfois danser la vie.

Depuis cette première projection, j’ai revu le film 2 fois, et comme avec la pièce, je sens que l’émotion se déplace, je sens que je me suis renforcée. J’y retourne demain avec mon fils et mon mari. Ils ont vu la pièce et je sais que voir le film sera complémentaire, notamment pour qu’ils puissent mieux comprendre ce que je vis parfois.

Comme la pièce « Les chatouilles ou la danse de la colère », comme le livre d’Adélaïde Bon « La petite fille sur la banquise », le film « Les chatouilles » permet à toutes celles et ceux qui n’ont pas subi de violences sexuelles de percevoir, de ressentir presque physiquement ce que les victimes essayent d’exprimer, souvent difficilement.

Je vous encourage, du plus profond de mon cœur, à aller voir ce film avec confiance car même si c’est un film qui traite de la pédocriminalité et des ravages que cela engendre, ce film est surtout un film qui montre que se réparer est possible, que la force de vie est plus forte que tout, et que, quels que soient nos traumatismes d’enfance, nous pouvons tous aller rechercher notre enfant intérieur, blotti au fond de notre vie et lui dire que nous l’aimons, lui demander pardon et décider de vivre heureux !

Ce film est une magnifique réussite artistique et il apporte en plus à notre société le fait qu’après le 14 novembre, jour de sa sortie en salle, nous ne pourrons plus dire que nous savions pas, que nous ne nous rendions pas compte que c’était à ce point-là. Ce film encourage à libérer la parole, tant pour ceux qui ont pu vivre des agressions ou des viols, que pour ceux qui les accompagnent dans la vie.

Le 14 novembre, allez au cinéma voir « Les chatouilles » d’Andréa Bescond et Eric Métayer.

Pour aller plus loin : LE DOSSIER PÉDAGOGIQUE

Anne Lucie

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