La tristesse en suspension dans les nuages

J’ai 5 ans, je me promène avec ma mère
Ma mère est triste, le regard dans le vide, absente
J’ai été charcutée dans mon corps, à maintes reprises, dans mon intimité
La violence est passée par là, sans invitation, sans prévenir, sans crier gare
La femme à côté, ma mère ne sait pas, l’absence rend aveugle, visiblement
J‘ai quitté mon corps depuis longtemps
Ainsi, finies les douleurs, le dégoût pour mon corps
J’ai froid car partir de mon corps, c’est quitter toute sensation, toute émotion
J’ai tout laissé quelque part hors de mon corps
En secret, j’ai chargé les nuages de bien s’occuper de ma tristesse
Je ne veux pas surcharger ma mère avec ma propre tristesse

Un autre jour, je me promène avec une femme bienveillante, chaleureuse, présente
La joie circule entre nous
J’ai changé de famille
Cette femme est si chaleureuse et accueillante que les nuages se sont déchargés de leurs fardeaux
Ils ont confiance en la capacité de cette femme à accueillir toute ma tristesse
Au début, je me sens trahie par les nuages et en colère
« Que vais-je faire de cette colère en plus ?! Et je l’avais laissée aux arbres. Mais que se passe-t-il ? Comment vais-je faire ? »
Je me sens submergée par toutes ces émotions que j’avais si longtemps confiées à la nature
Des sanglots jaillissent, des cris sortent de ma bouche
La femme à mes côtés m’accueille dans ses bras, accueille mes pleurs, mes cris si longtemps silencieux
Et j’entends « je suis là, tu n’es plus toute seule »
La rivière me rend le dégoût, je vomis
Puis s’ensuit une explosion de larmes de joie « merci le soleil, c’est si bon »
La peur je ne l’ai pas confiée, elle m’a toujours accompagnée.

Leticia F.

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