La volupté après…

 

Comment réparer ma sensualité après avoir été un jouet, une poupée sous la perversité d’adultes ?

Comment ressentir l’émotion du désir lorsque les traces de l’innommable ont meurtri et salit peau et intimité, cœur et espoir ?

Par quels chemins connaitre le frisson de l’extase partagée ?

Cette danse vitale de la communion des corps consentants ?

Cette complicité des âmes qui s’attendent ? La connaitrais-je… après ?

Sur ma peau, la terreur insinuée trop tôt et la honte m’ont recouverte de cuirasses figées.

J’étais si vulnérable sous ces protections. Trembler n’était pas fruit de l’émoi savouré à deux.

Pourtant, un jour, des jours, caressée par la douceur magnétique de l’étreinte désirée, je me suis reconnectée au monde.

Au creux de ma chair, la dévastation avait laissé des ruines, mais quelques baisers d’amants délicats ont restauré les murs d’un honneur que je croyais perdu.

Ces hommages brulaient enfin l’image décrépie que me renvoyait cette moitié de l’humanité que sont les hommes.

Leur intention était l’amour et le plaisir donné puis reçu.

Mon corps cicatriciel se transformait en jardin d’où naissaient des fleurs rêvées.

Elles se tatouaient sur moi en lieu et place des violences.

J’étais apte.

Apte au bonheur

Apte à la jouissance.

Apte à aimer encore et pour toujours.

J’ai connu le parfum animal et épicé d’un premier repos confiant sur un torse rassurant.

Bien d’autres songes sous un ciel clément sont enfin revenus.

Un miel m’a fait revivre et rendu la souplesse originelle de mon être.

Ainsi j’ai franchis ce nouveau monde où je suis devenue épouse et mère.

J’ai conjuré le sort.

J’ai transformé ce qui aurait pu être un destin.

 

Et je laisse les monstres dans leur passé infernal.

 

Anne Fernandes

Anne Fernandes est l’auteur du livre « De lettres à l’être », que vous pouvez vous procurer ICI et  ICI. Vous pouvez découvrir ICI son interview audio sur ce blog. C’est avec plaisir que nous accueillions ces textes sur le blog, dans la rubrique « L’Or des cicatrices »
Illustration : Anne Fernandes