Voilà presque un an que nous sommes en contact avec Séléna, ensemble nous avons réfléchi à la meilleure formule pour qu’elle puisse partager son récit, son livre. J’espère qu’en vous le présentant ainsi, en mode téléchargement, nous avons trouvé le moyen de respecter son écriture (le but était de ne pas découper son récit) en vous donnant accès à la totalité de son écrit « Une famille comme les autres (ou presque) ». Bonne lecture ! 

 

Ceci est un témoignage sous la forme du récit d’une partie de ma vie.

Après une enfance plutôt heureuse, j’ai été persécutée pendant toute mon adolescence.

C’est à douze ans que j’ai dû me confronter à la folie d’un père avec qui je n’avais pas encore vécu.

Cette période de ma vie n’a donc pas été peuplée de rêves d’avenir, ou de craintes de grandir, mais de celles de vivre au jour le jour, et d’élaborer des stratégies d’élimination de ce bourreau auquel il fallait absolument échapper.

Mon adolescence est une plaie que je dois soigner par l’expression de ce que j’ai vécu.

Cette expression est aussi un pied de nez au tabou, au secret de famille, à la « cellule » familiale, à l’abus d’autorité parentale, de pouvoir, à la violence en général, et à celle faite aux femmes en particulier.

Elle m’aide à soigner les effets de la peur et la honte qui se sont infiltrés dans ma construction comme des cancers, et ne peut plus se limiter au cercle de mes proches. L’ombre du secret que je ne veux plus garder a diminué mais est encore là. Je veux la confronter à la lumière qu’elle mérite. Je ne veux plus être tiraillée entre le besoin d’être (re)connue et la peur de l’être.

La liste des victimes qui m’ont précédée et qui me succéderont est longue. Ces dernières n’ont souvent pas d’autre alternative qu’un douloureux repli sur soi pouvant aller jusqu’à la folie, ou la répétition de la violence subie, qui est aussi une folie.

Mon environnement, après avoir été toxique, s’est heureusement modifié. Mon parcours et mes rencontres m’ont alors permis de sortir peu à peu de cette spirale encore trop souvent présentée comme une fatalité.

Plus que d’une personne en particulier, c’est de cette spirale et de sa représentation dont je suis victime. Et ce, même si j’ai choisi d’articuler mon récit en faisant quelques portraits à charge des personnes, à l’avantage de la victime que je suis, et à qui il faut bien reconnaître ce statut, sans pour autant l’y réduire.

Ces personnes, qui n’ont pas eu « l’occasion » que j’ai de se reconnaître dans leur statut, étaient elles aussi des pions, et des victimes d’un système familial. Système que je décide de bousculer aujourd’hui.

Je pense avoir un devoir envers les personnes en danger, les victimes et témoins de situations analogues qui, peut être, me liront, et s’autoriseront à parler.

J’aimerais me rendre une part de la justice qui m’a été refusée.

Je dédie ce livre à mes trois filles et à leur père, mon compagnon.

J’aimerais qu’il aide mes petits enfants à comprendre ce qu’il s’est passé sans avoir honte de leur généalogie. C’est la violence qu’il faut combattre, et éviter de focaliser sur un coupable, même si ce dernier aurait mérité d’être condamné, y compris pour lui-même. Cette focalisation nous dédouane, tout en nous inoculant la peur de devenir un jour coupable de violence, dans une pensée binaire et judéo-chrétienne. Ce n’est certainement pas le meilleur moyen pour ne pas devenir soi-même auteur. La violence est en chacun de nous, inhérente au fait que nous soyons des êtres sociaux, à la fois en bonheur et en malheur de l’être. Combattons-la par l’expression, la prévention, l’éducation, et les soins. Nous en sommes dotés pour nous défendre lorsque notre intégrité et celle de ceux que nous devons protéger est en danger. Tout le reste n’est que déviance.

Séléna

Pour découvrir et télécharger le récit de Séléna « Une famille comme les autres (ou presque) » en version PDF – CLIQUER ICI