En partageant un article sur l’affaire Weinstein sur mon mur Facebook, le 13 octobre dernier, j’écrivais « Tremblez les mecs, l’heure du nettoyage est venue ! » et on peut dire que depuis, ils sont plusieurs à avoir rejoint le club de ceux qui se voient dans l’obligation de démissionner, d’avouer, car le temps est venu d’assumer la responsabilité de leurs actes…

Il se passe quelque chose… les astrologues nous parleraient peut-être d’un alignement des planètes favorable à la libération de la parole.
Sur les réseaux sociaux, où notre corps physique reste à couvert, les hastags #Balancetonporc et #Metoo aident les femmes et les hommes à oser dire, à nommer même parfois. Il est clair que plus d’un prédateur sexuel doit « flipper sa race » en espérant que la peur de ses victimes sera plus forte que le vent de vérité qui souffle « all over the world ».

Je me demandais dans l’article, que j’ai écrit dimanche, si la peur avait changé de camp ? That is the question… La peur est peut être, en effet, sensiblement entrain de basculer, et si elle n’a pas encore changé de camp, elle est au moins dans les 2 camps…

J’ai assisté au débat organisé suite à la représentation des Chatouilles lundi dernier (que je vous raconte bientôt !) et lorsqu’Andréa Bescond a proposé aux personnes, présentes dans la salle, ayant subi des violences sexuelles, de se lever (notamment parce qu’une personne -victime sans doute- exprimait sa crainte que la salle soit majoritairement remplie de professionnels et non de victimes) nous avons été peu à nous lever… et croyez-moi nous étions de nombreux-ses « victimes » à être présent(e)s… les larmes qui étaient sur les visages à la fin du spectacle, les personnes à qui l’on tenait la main en guise de soutien n’étaient pas isolées, au contraire… et puis on se « reconnaît » quand on a ce vécu en commun (!)
Dans l’énergie, j’ai même osé lancer un « Allez levez-vous, nous ne devons pas avoir honte ! », mais ça n’a pas fait comme dans les films américains (vous savez, quand tout le monde se lève en silence « d’un seul homme ») et je me suis rendue compte une fois rentrée et posée, que mon ressenti était le suivant : au-delà de la peur de dire, sentiment souvent difficile à vaincre, il y a plus difficile encore, être plus fort-e que sa honte ! C’est « le 2ème effet kisscool » de la libération de la parole… « Si je trouve la force de dire, et de dépasser ma peur, je vais devoir affronter publiquement ma honte ».
Beaucoup de victimes se sentent salies, fautives, et puis, les agresseurs savent bien le répèter en boucle : « Ce n’est pas de ma faute, c’est toi-elle-lui qui m’a provoqué ».

Lundi soir, au-delà de savoir que nous vivions une étape importante dans la lutte contre les violences sexuelles, j’ai ressenti, dans mes tripes, à quel point notre victoire à toutes et à tous, passerait par le fait que nous soyons fier(e)s de nous malgré tout, fier(e)s de nous justement… parce que nous sommes resté(e)s en vie, parce que nous avons survécu à cette vague de « merde » qui nous a submergée, parce que ce n’est en aucun cas de notre faute si nous avons été agressé(e)s, et que pourtant, malgré cela, c’est nous qui allons assumer la responsabilité du changement.

Nous allons gagner c’est certain ! Et, cela ira encore plus vite si nous nous reconnaissons beaux et belles, fort(e)s et courageux-ses, malgré notre histoire cabossée, j’oserais même : grâce à notre histoire cabossée… Evidemment, nous ne vivons pas la vie que nous aurions du vivre si cela n’était pas arrivé et nous pouvons être malheureux à cause de cela. Ou bien, nous ne vivons pas la vie que nous aurions du vivre et nous pouvons être encore plus fièr(e)s de nous car nous avons décidé de nous appuyer sur cette colère-douleur, sans doute à jamais présente dans nos vies, pour y puiser une force invincible afin que nos actions offrent un meilleur monde aux enfants de demain !

Anne Lucie

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