Anne Fernandes est l’auteur du livre De lettres à l’être. Vous pouvez découvrir ICI son interview audio sur ce blog. Anne a eu la gentillesse de nous faire parvenir ce texte, où elle partage avec nous sa joie d’être en vie, définitivement connectée à l’espoir. Merci Anne pour ce magnifique texte qui soutiendra, j’en suis certaine, de nombreuses personnes !

Je témoigne aujourd’hui des horreurs dont une partie reste encore scellée dans ma mémoire.
Patiemment, elle désenclave tout un pan des souvenirs traumatiques de ma vie depuis quelques années.
Je témoigne de ce que ma sœur et moi avons vécu. L’inceste, la pédocriminalité en réseau.
Ma vie a été sévèrement handicapée par ses fantômes longtemps sans mots pour les décrire.

Pourtant maintenant que je sors de l’effondrement par lequel je suis passée, je reconnais aussi les pas que j’ai pu poser dans des sentiers de merveilles.
Sans eux, aurais-je survécu ?
Ils m’ont guidée, ces petits chemins d’errance, vers des êtres généreux, attentifs, mus par l’espoir et l’amour.
Tant d’années à tenir debout, douloureuse et suicidaire.
Voilà qu’au long de ma route, maintenant à 58 ans, je sais qu’autant d’effroyables violences que de fées et d’anges m’ont accompagnée tout au long de ces décennies épuisantes.
De chair et d’os, le cœur battant, ils sont le foyer réconfortant de ma vie.

Si l’abject est indicible, la joie, elle, est indescriptible.
La vie porte en beauté et puissamment, l’inverse de la monstruosité qui prend des formes dépassant tout ce qu’on peut imaginer.
La vie tendre, la vie qui nous porte dans son amour inconditionnel, la vie qui nous berce quand ça va mal, sait nous poser à l’étape suivante. Nous permettre de marcher de nouveau.
Cette vie-là, éternelle, immuable dans son mouvement perpétuel n’attend que notre réveil plongé en elle.
Elle soutient la force qui nous a tenu, qui nous a permis d’affronter les angoisses, les peurs insupportables, les pires comportements humains pour les laisser à l’obscurité et l’autodestruction.

Cette force qui circule en nous, qui pétille, dont, nous, blessés et blessées, pouvons prendre conscience plus que jamais
Nous avions pratiquement perdu la vie et elle nous revient, après l’épreuve, la sortie du brouillard étouffant, avec un goût non plus amer à vomir mais, irrésistiblement savoureux et addictif comme un miel rare.
L’énergie et la créativité se mettent à pulser avec l’entêtement d’un enfantement.
Maintenant, nous posons nos pas de notre être entier, avec son histoire, ses cicatrices d’or, et son envie de jouir de chaque jour, de chaque échange.
De la nature, de la vie, de la lumière, de la joie, des êtres…

Quand je me sens dans ces pas tout neufs, j’arpente avec eux, ma véritable route.
Je suis une géante qui touche les étoiles et s’enfonce dans les vibrations de la Terre-mère qui me donne sa sève pour nourrir mes veines où coule enfin la vérité de mon existence.
Je deviens animale et céleste à la fois. Au milieu bat mon cœur heureux.

Oui je suis de l’autre côté, je suis sortie du secret… de la tombe.
Ma momie ne m’enferme plus comme une vieille coque sans vie qui se décompose.
Je ne vais pas rater une miette de la beauté de vivre.
Celle dont je me suis bien trop longtemps sentie privée.
Il aura fallu traverser cette nuit noire, ce chagrin et ces peurs inexprimables pour comprendre que la vie ne m’a jamais oubliée, que la vie me parcoure depuis toujours. Qu’elle tente de me sauver depuis bien longtemps.

Maintenant j’entre dans cette paix qui me vient en l’honorant.

Anne Fernandes