Le Retour Du Refoulé
Ou le retour de l’amant de mon amnésie et de ma dissociation.

L’amnésie et la dissociation forment un couple étrange lorsqu’elles sont associées et diluées, dans un corps blessé, atteint par l’irrationnel, l’inconcevable.

L’amnésie pour oublier et la dissociation pour s’échapper. Un cocktail explosif, mais patient.

Elles créent et installent en soi, au plus profond de l’être, une autre dimension, un autre univers, sa propre horloge.

Une sorte d’horloge interne, avec un cadran évidé de ses repères chronologiques et avec des aiguilles qui tournent indéfiniment.

Un état d’âme où l’indéfini se cherche une signification, un état où l’immortalité comme la mort, n’existent pas, ne se vivent pas ; il reste figé comme le titre d’un livre dont le contenu restera un secret à tout jamais.

Une soupe cosmique, qui nous permet de faire abstraction du Temps et du corps présent.

Un miroir sans reflet, un corps sans ombre, un vampire assoiffé par le temps, une apparence céleste et dévolue.

L’espace et le temps ne sont qu’illusion dans ce carcan et ce calvaire internes. Le présent peut être hier, et hier peut être le présent.

Être ici ou ailleurs, être dehors ou dedans, être avec ou sans, toutes ces suggestions que nous impose cette instance, nous paralysent, nous transcendent comme dans une sorte de film de science-fiction, où le héros ne meurt jamais.

Une sorte de faille spatio-temporelle, nous permettant de nous infliger le droit de glisser, de tomber et de surfer sur la toile du temps (conscience) et de l’espace (corps).

Avoir assez ou pas assez de temps, n’existe pas pour le patient, alerte.

Où est le temps ? Où se trouve-t-il ? Y’a-t-il un endroit où je puisse le trouver ? Où te caches-tu, mon fidèle et impétueux témoin ?

Le temps pour moi, c’est les autres, c’est ce que je vois et observe.
Le temps est en dehors de moi, je ne le maîtrise pas, je ne le sens pas, il est et sera ce que j’en ferai. Il existe et existera que lorsque je l’aurai décidé.

Une sorte d’apraxie du temps et du corps, un état fœtal où tout se fige et se cristallise à l’intérieur de soi.

L’amnésie et la dissociation, forment et habillent le patient d’un scaphandre, d’une combinaison, avec laquelle, l’astronaute, le super héros, peut se mouvoir, s’émouvoir au milieu de ses semblables, sans pour autant se sentir pris dans l’étau du temps qui passe.

Un explorateur dans sa machine à remonter le temps, un technicien du matériel, un technocrate des sensations, un inventeur, un affabulateur de l’espace et du temps.

Un mensonge fait à soi-même, une aphasie interne où le dialogue n’existe pas. Un monde où le temps ne passe pas, ne se dévoile pas.

Rien n’est absorbé, digéré, diffusé, dans ce corps rigide et tendineux, identique à une viande contenant des parties coriaces et difficiles à mâcher.

Ça bloque… ! Et le temps aussi, comme un métal dissous dans de l’acide, désorganisé au point de disparaitre.

Quelle place on a, lorsqu’on ne se souvient pas de soi et que malgré tout on cherche à se fuir ? Fuir qui ? Fuir quoi ? Si je n’existe pas.

Fuir l’oubli ? Est-ce possible ? Oui… ; je fuis ce que je ne sais pas de moi. Je me dissous dans le temps en m’oubliant.

La Fuite !… Amant de ma dissociation, garant de ma sécurité intérieure, comme un athlète vaillant et heureux à qui on accorde un grand nombre d’avantage comme la gravure de son nom sur des tables en marbre ou encore le droit de préséance dans les jeux publics.

Et L’Oubli !… Dans tout ça.

C’est négliger, faire traîner, méconnaître et s’omettre comme un auteur dans sa bibliographie.

C’est ne pas avoir à l’esprit ce qui devrait tenir l’attention en éveil, c’est être incomplet et l’accepter.

Le déni dans l’amnésie, paraît et agit comme une agnosie paralysante et euphorisante, où la transmission et l’interprétation de soi sont altérées par la mémoire.

Une sorte de trouble où l’objet et le temps ne peuvent pas s’appartenir, se fusionner.
Mon amnésie et ma dissociation ; … ma liqueur, mon absinthe, ma saoulerie prolongée et éternelle.

A la croisée du chemin, je m’arrête et je te salue, toi mon dealer, mon opium, mon sauveur des temps passé. Toi à qui je donne un Nom : Amnésie Dissociative.

Je suis saoul de toi, ivre de te suivre et conscient de ta présence.
Je veux te perdre pour ne plus te retrouver. Comme tu m’a perdu.
Mon temps est arrivé et le tien s’en est allé.
Je te salue et te rassure ; Ô toi !… Mon grand gardien du temps et de l’espace.

Car aujourd’hui, je sais.

Le jour où on sait aimer pour de vrai
Ces maux, au cœur des tourments
Nous ont toujours guidés
Gloire à mon cœur, libre et racheté
Fleur de l’amour, réunie dans un bouquet
Et alors, on a pu savourer.
Aujourd’hui on sait, que ça s’appelle S’AIMER.

Lotfi.

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