J’ai participé hier soir au rassemblement organisé par des associations féministes contre la tenue d’une retrospective consacrée au réalisateur Roman Polanski à la cinémathèque française. Ce rassemblement s’ajoutait à une pétition qui a recueilli plus de 29.000 signatures contre l’organisation de cet événement. M. Polanski est poursuivi pour cinq viols et agressions sexuelles sur des mineures dans les années 70 et 80.

Cette polémique a donné lieu à des débats houleux sur l’œuvre, la censure. Une intellectualisation à outrance qui fait oublier l’essentiel : les victimes de ce réalisateur, certes présumé innocent, et de la pédophilie de façon générale.
La récente liberation de la parole a permis le rappel de statistiques insupportables concernant les viols sur mineurs en France. Selon le manifeste contre l’impunité des crimes sexuels du Dr Muriel Salmona, une femme sur six et un homme sur 20 ont subi un viol ou une tentative de viol. Dans plus de 60% des cas en tant que mineurs. Et le Dr Salmona de détailler les ravages que cela entraîne une vie durant chez les personnes qui les ont subies. Mort précoce, suicide, dépression entre autres conséquences multiples. Et c’est cela qu’il est nécessaire de dire et redire en dépassant les débats clivants.
Comment en outre ne pas penser à la difficulté pour les victimes de M. Polanski de voir leur agresseur mis à l’honneur ? Et ce, sans que cela choque la direction de la cinémathèque laquelle au contraire revendique le maintien de l’événement comme un étendard contre la censure.

Hier Marianne Barnard, une des accusatrices de Polanski a néanmoins tenu à  remercier les manifestants : « c’est la première fois de ma vie où j’ai le sentiment que la honte que je portais est enfin à sa bonne place, c’est à dire sur lui « , a-t-elle tweeté.

Mais au bout du compte, quel message déduire de cet hommage ? La direction de la cinémathèque affirme être uniquement préoccupée par l’œuvre mais peut elle s’extraire du contexte social actuel ? Celui de cette vague mondiale de libération de la parole de femmes, certaines ayant révélé pour la première fois des viols subis à la faveur du #MeToo.
Le monde des arts de façon générale a répondu à cet élan. Dans ce contexte, mettre à l’honneur un cinéaste accusé de viols et d’agressions sexuelles, n’est-ce donc pas un coup porté à cette parole qui a mis tant de temps à se libérer ? Ou encore une forme de mépris ou de déni de ces souffrances qui ont mis tant de temps à apparaître en pleine lumière ?

Sur scène hier, M. Costa Gavras a évoqué la polémique en dénonçant des « amalgames douteux » voire « injurieux », des « circonstances étrangères » à la cinémathèque mais il n’a en revanche prononcé aucun mot sur la pédophilie et ses ravages. Dans un monde idéal, il eut été une bonne chose qu’il se positionne par exemple en disant:  » Nous ouvrons ce soir une retrospective sur un grand cinéaste. Étant donné le contexte actuel et en rappelant que tout homme est présumé innocent, ils nous apparaît cependant essentiel de souligner que nous, représentants du monde du cinéma, condamnons strictement et fermement tout acte pédophile « .
Un message sans ambiguïté, comme une main tendue aux victimes qui eut été la moindre des choses…

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