Samedi 8 avril 2017, au Tribunal de Chambéry, mon père a été condamné à 18 années de réclusion criminelle. Pourtant, la première fois que j’ai parlé de ce que me faisait mon père, c’était en 2000.

J’avais 12 ans, et cela faisait des années que mon père me faisait subir ses pulsions sexuelles. Mon plus lointain souvenir, je prenais encore le biberon. Quand j’ai trouvé la force de parler, je n’ai plus jamais rien subi de sa part, car ma mère et moi avons fui la région. En 2002, ma plainte a été prise en compte, et en 2006, il y a eu le non-lieu.

Aujourd’hui j’ai 28 ans, et quand je regarde derrière moi, je me dis que je n’ai jamais vécu.

La trahison de mon père et ses viols répétés, la trahison de la Justice de mon pays qui l’a innocenté. J’ai continué à me saboter pendant des années : alcool, drogue, scarification, tentative de suicide, dépression. Irrespect de mon corps, de mon âme. J’ai fini par accepter de commencer un suivi psychologique, me permettant de sauver la face, essayant de me construire une vie de famille, avec cette souffrance toujours aussi profonde en moi. Mon psy décède brutalement, je suis à nouveau seule avec ce poids, que je ne devrais pas porter.

Jusqu’au jour où, en 2015, Dame Justice frappe à ma porte. Mon père a fait 3 nouvelles victimes. Cette fois, on veut bien m’écouter…  Je vis la confrontation avec mon père, 16 ans depuis la dernière fois que je l’ai vu. Cela me fait du bien, même si lui n’avoue rien. Le procès aux Assises finit par avoir lieu, avec cette sentence prononcée.

Il aura fallu 3 nouvelles victimes, qui trouvent elles aussi la force de parler, pour que mon père soit enfin arrêté. Combien de victimes faut-il à la Justice pour faire son devoir ? Pourquoi ma parole n’a pas été écoutée en 2002, alors qu’il y avait de nombreuses preuves ? La faute rejetée sur ma mère, comme dans beaucoup de cas ! La faute sur ma façon de faire, d’avoir écrit mon calvaire au lieu d’utiliser la parole ! La faute aux « experts » qui ont tous défendu mon père alors qu’aujourd’hui, ils reconnaissent tous leurs erreurs ! Et également aux experts qui m’ont fait passer pour une menteuse !

J’ai 28 ans, j’aimerais commencer à vivre… arrêter de m’en vouloir pour ces 3 petites victimes qui auraient pu éviter tout cela… si Justice avait été faite. Mon père a fait appel de la décision… Le combat n’est pas fini.

Aujourd’hui, j’ai décidé de partager cette vie, afin de montrer à toutes les victimes de viol pendant l’enfance, qu’il faut continuer à se battre. Il faut continuer à parler, à dénoncer, haut et fort, nous n’avons pas à nous cacher. Nos bourreaux doivent payer le prix de leurs actes. La Justice doit prendre des dispositions rapidement pour que toutes les victimes soient prises en charge, sans l’ombre d’un doute sur la véracité de leurs propos ! Les enfants ne mentent pas, c’est aux adultes de les protéger ! Prenons nos responsabilités pour protéger nos enfants, notre avenir à tous.

Vous pouvez me suivre sur la page Facebook 17 ans après, les Assises, que j’ai mise en place juste avant le procès aux Assises et qui vous donnera des infos régulièrement sur la suite des événements. Rassemblons-nous pour faire porter nos voix ! L’Injustice, il faut que cela cesse.

Roxanne

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