Raphaëlle a créé une pétition en ligne à l’attention de Madame la Ministre de la Santé et de Madame la Ministre de la Famille, de l’enfance et du Droit des femmes, enfin de les interpeller sur le peu de prise en charge actuellement possible concernant les soins de « reconstruction psychologique » dont les victimes de violences sexuelles ont besoin pour se libérer du passé. Pour signer cette pétition, c’est ICI.
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Nous vivons dans une société de déni, où malheureusement la parole des victimes d’abus sexuels, surtout celles des enfants, mais aussi des adultes (que ce soit femmes, ou hommes) est rarement entendue quand il s’agit de pratiques qui dérangent notre société, et bouleversent notre vision des choses.

Je veux parler des abus sexuels, des viols, de l’inceste, et des pratiques perverses sur autrui : c’est une pratique qui gangrène notre société, détruit nos enfants et les futurs adultes que nous serons plus tard.

C’est un mal que peu de personne acceptent, et pourtant c’est 1 enfant sur 5 (en Europe) qui en sera victime. 1 enfant sur 4 aux USA

Mais aussi 1 femme sur 10 qui le sera pendant sa vie. (« Chiffre officiel » qui ne comprend pas les hommes)

Malheureusement, peu d’enfants (et d’adultes !) sont écoutés. C’était mon cas.

J’ai été victime d’abus sexuels, de voyeurisme, et de jeux pervers avec mon père. J’en ai d’abord vaguement parlé à l’école ( » Papa fait du trampoline sur moi, il m’écrase, il me saute »), où j’ai d’ailleurs été punie, et j’ai dû m’excuser publiquement d’avoir raconté de telles inepties. Les crises d’angoisse et d’asthme étaient là, inexplicables, ma mère ne me comprenait plus, je refusais de me déshabiller à la piscine, me cachant derrière mes copines et des serviettes.

Ma mère a demandé des explications à mon père, et finalement à mis cela sur le compte qu’ils ne me donnaient pas assez d’attention, car mon frère étant autiste, il prenait beaucoup de place, et mon père était souvent en déplacement, donc, selon les dires de ce dernier, « Je me vengeais ».

J’ai eu droit à un chien pour redevenir un peu sociable, et m’ouvrir.

Petit à petit, je me suis murée dans le silence, persuadée que cela était dans ma « tête » (merci Papa pour l’explication) et je continuais ces jeux étranges de Docteur, avec exploration de mon corps. Je devenais une étrangère aux yeux de ma mère, fuyant les conversations, les jeux, m’enfermant des heures dans ma chambre. Je pleurais à l’idée de rentrer à la maison après l’école, d’être en vacances, en week-end, ou de rentrer de colonie.

Cette maison était un cauchemar.

Ma mère a donc décidé de m’inscrire au théâtre pour m’ouvrir un peu.

C’est à la puberté, où mon père essayait par tous les moyens de me regarder au WC ou sous la douche, que ce voyeurisme est devenu insupportable : Je me lavais en 1 mn, j’essayais de cloîtrer les parois transparentes de la douche par un nombre incalculables de serviettes. Je m’habillais dans un coin de la salle de bain, recroquevillée, et lui, impassible, comme un « zombie hébété » me regardait de haut en bas. Comme un objet. J’étais un objet. Une chose que l’on regarde.

A une copine de CM2 : « Toi aussi, tu peux pas aller au WC en paix ? « 

Un jour, MIRACLE, j’ai pu fermer la porte à clé de cette maudite salle de bain. C’était sans compter que la fenêtre donnant sur le jardin lui permettait de me voir à nouveau… et le trou de la serrure de la porte…qui permettait à son oeil de me voir.

Je n’en pouvais plus. Je voulais mourir. Disparaitre. Fondre. Devenir une flaque. Etre moche. Me rouler dans la merde, et être laide. Ou mieux : devenir un mec.

Et un jour, maman a vu. Tout vu. Elle est tombée de haut, s’est écroulée. Une rage. Une rage que je comprends, car je suis mère moi aussi aujourd’hui.

  • Mon père a nié, l’a fait passer pour folle, demeurée. Monsieur est quelqu’un de très connu et respecté dans notre région de Province.
  • Monsieur ramène de l’argent à la maison, travaille, lui. Il a un statut social élevé, a de bonnes relations, et est doux comme un agneau.
  • Non, Monsieur n’est pas un pervers. C’est impossible. C’est une affabulatrice jalouse et malade.

Et moi… je me mure dans le silence. Peur. J’ai peur de voir que ce que je faisais avec papa était mal. Peur d’être responsable de la séparation entre mes parents. Coupable de plaire à Papa. Et je me tais. Maman fait tout pour que je parle, pour que cela s’arrête et je me tais, nie à nouveau.

Je défends même mon père que j’aime plus que tout.

Ma mère a tout fait pour que je parle, pour pouvoir partir, et apporter des preuves de cet inceste. Le jour, où, « elle a pu assurer ses arrières », une énorme bagarre a éclaté entre mes parents, et son corps a été retrouvé en bas de falaises : Il n’y a jamais eu d’enquête, ni d’autopsie

J’ai dû me taire pendant des années, contrainte, et dans le déni aussi, me détruisant à petit feu. Et avec le temps, on oublie. On met un couvercle. On vit, mais en décalage. Avec des crises d’angoisses à l’idée d’aller au lycée, de parler en public, de voir des copines. ou simplement d’aller à La Poste, de voir un médecin. Et progressivement, des conduites d’évitements s’installent.

Un viol, cette fois-ci, à 16 ans, par un jeune homme malveillant rencontré sur Internet m’a littéralement fait sombrer, et j’ai arrêté de vivre : j’ai saboté mes études, je restais terrée chez moi, et je suis tombée gravement malade.

Pour expliquer le déni, l’oubli, il faut savoir que lors d’événements traumatisants, le cerveau « disjoncte »

J’ai régulièrement disjoncté, et le plus souvent, la mémoire traumatique revient lors d’un événement clé ( accouchement, deuil, mariage…)

C’est mon cas.

A l’arrivée de mon bébé, j’ai refusé que mon père touche mon enfant, j’ai eu des angoisses terribles, avec refus d’être touchée par mon mari, refus d’être seule avec un homme dans une pièce. Je ne dormais plus.

J’ai eu la chance avoir quelques amis, une partie de ma famille est restée, m’a aidée et soutenue. Mon père et sa famille ont tenté l’internement de force. Mon mari m’a sauvé la vie. Pour les autres, le déni reste la meilleure solution, tant mieux pour eux.

J’ai du moi-même me prendre en charge, payer mes consultations chez le psy.

J’ai ensuite réalisé que j’avais été victime d’inceste, que je subissais une bombe à retardement traumatique, appelé Syndrôme Stress Post Traumatique.

J’ai alors, découvert l’EMDR, thérapie comportementale reconnu par l’OMS.

Avec joie, je paie depuis plus de 8 mois, 90 à 150€ par mois pour me « soigner ».

J’ai perdu mon boulot, mes clients, j’étais à mon compte, et je n’ai pas de chômage.

Plutôt que de me « camisol/er » par antidépresseurs, j’ai décidé d’affronter mon passé, pour avancer, pour moi, mon fils et mon mari. La société d’aujourd’hui nous laisse, nous adultes, nous enfants, seuls et traumatisés.

Parce que les pervers manipulateurs et sexuels sont partout, dirigent et gangrènent notre société.

C’est à nous, victimes, de payer encore une fois le prix de notre souffrance.

Vulgairement, quand je signe mon chèque après une séance, je suis satisfaite de me « réparer » à nouveau, et en même temps, j’ai envie de cracher sur ce chèque montant que je paie de moi-même.

NON à cette société qui laisse des gens et des enfants en souffrance sur le carreau.

OUI à un délai de prescription plus long pour les plaintes d’abus sexuels et de viols : il faut plus de 30 ans pour qu’une personne porte plainte.

OUI à un plan d’urgence, officiel, avec des intervenants formés, des réunions d’écoute, des thérapies comportementales efficaces.

C’est la société qui y gagnera. En humanité, en coût également. Et surtout, pour que les victimes d’aujourd’hui ne deviennent pas, à leur tour, des bourreaux, elles aussi.

C’est pour défendre cela que j’ai mis cette pétition en ligne.

Merci pour votre aide.

Courage à tous.

Raphaëlle, 29 ans. France.

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