Je viens d’avoir 60 ans, à 18 ans, j’ai été psychiatrisée. Je n’ai rien compris de ce qui s’est passé à ce moment-là. Ce fut violent et indélébile.
Ça fait des dizaines d’années que je pressens avoir subi un ou des viols. Je fais souvent des cauchemars d’être piégée entre plusieurs hommes, comme des bêtes ou des meurtriers au regard terrifiant, prêts à me tomber dessus à plusieurs.
J’ai connu un black-out. Un matin j’ai été réveillé dans un énième hôpital psychiatrique, aucun souvenir d’où je venais et ce que j’avais fait, vécu, ou sur ce qu’on m’avait fait. J’ai beaucoup de pertes de mémoire mais ce réveil là, ce matin là, malgré les doses d’anxiolytiques, je m’en souviens parfaitement. Ma mère me reprochant qu’on m’avait retrouvé avec ma petite culotte aux motifs de panthère…
Quand j’étais petite, mon père me faisait souvent des chatouilles, je ne savais pas, lui non plus. Je n’ai pas souvenir d’autres gestes de sa part. Je ne crois pas qu’il soit à blâmer ou à mettre en doute. J’ai connu les violences intra-familiales conjugales, mon père battait ma mère et nous battait, nous punissait durement mon frère et moi, mais il n’a pas abusé de moi sur le plan sexuel. Ou bien c’est vraiment très très enfoui.
A 16-17 ans, j’ai rencontré un homme de 26 ans au regard brillant et captivant. On a eu une histoire qui a duré plusieurs mois. Lui m’a violée un soir où j’avais mes règles et je refusais qu’il me pénètre. Il m’a dit « ça ne me gêne pas ». Je me souviens d’avoir gardé les yeux ouverts fixés au plafond, comme un morceau de bois, je ne lui ai rien donné mais je me suis laissée faire, je n’avais pas le choix, il était tellement déterminé. Je m’en suis souvenue au moment de Metoo et j’y repense souvent depuis.
Lors de mes 18-20 ans, je me suis défoncée, alcool, drogues, un peu nymphomane et en même temps sans envie ni plaisir. J’ai avorté d’un homme quasiment inconnu que je n’ai même pas averti. J’ai fini par devenir homosexuelle (drôle de terme alors que je suis en couple depuis plus de 30 ans et que ma sexualité est à zéro depuis des années).
Ça fait plus de 40 ans que je vis une sorte d’errance psychiatrique, j’ai un traitement stabilisé pour « bi-polarité » diagnostiquée en 2017. Tout un chapitre.
C’est lourd la vie, à 60 ans, je suis sans boulot, radiée de France Travail parce qu’en arrêt maladie depuis plusieurs mois, je suis en invalidité et reconnue TH. Je suis finie professionnellement, je ne supporte plus les gens, les relations sociales sont difficiles, la hiérarchie insupportable.
Parfois je me dis que je vais aller porter plainte contre ce Gérard qui a abusé de moi quand j’avais 17 ans et qu’il a peut-être fait d’autres victimes. Et je n’ai pas la force d’aller chez les flics.
Merci de me permettre d’écrire seulement ça. J’attends que la vie se déroule, sans énergie, sans envie, sans enthousiasme, seulement noyée et submergée de choses à faire que je n’arrive pas à faire. C’est comme ça, je survis, heureusement que ma compagne m’accompagne.
Anonyme
J’ai traversé et ce n’est pas encore fini de longues années noires. Mes parents étaient souvent en conflit dont j’ai hérité malgré moi et je me suis retrouvé placé dans un réseau où la plupart étaient exploité sexuellement et drogué.J’ai aussi mené une vie chaotique brinquebaler par des circonstances très dures parfois, à enchaîner des missions d’intérim ou des échanges de service dans le milieu agricole jusqu’au jour où j’ai dû me résigner à faire une demande d’aah alors que j’ai juste été déscolarisé à 13 ans lors d’un placement dans un réseau de lieu de vie alternatif qui a eu des conséquences néfastes sur tout mon parcours. Mais j’ai fini par rencontrer des Fraternités en 12 étapes traitant des violences sexuelles Survivants inceste anonyme ainsi qu’eada et une thérapeute transpersonnelle. Cela continue de m’aider à sortir du déni. C’est vrai que c’est la double peine, j’ai compris en même temps que je suis coupable d’avoir été victime de maltraitance institutionnelle et sociale mais j’ai aussi la conviction que derrière re les traumas se cache une force malgré tout et que tout cela m’a aidé à grandir autrement en refusant d’être dans l’apitoiement et la résignation, je possède une force que seuls les survivants ont le privilège d’avoir : la force que procure la vulnérabilité et d’avoir été exposé jeune a des mauvais traitements me sert aussi à refuser maintenant de me laisser entraîner dans une culture toxique ou des conflits sans fin d’ego dont les dominants raffolent parce qu’ils n’ont rien d’autre à faire que de faire souffrir les autres parce qu’eux mêmes sont dans la souffrance et qu’ils se sont trompé de chemin n’est plus mon affaire. J’ai compris que l’espoir même si parfois il est très difficile d’y croire restera toujours le meilleur chemin et que je ne fais plus dépendre mon bonheur des autres ni de mon passé. Mon bonheur provient du fait d’être en paix avec soi même pas de ce que les autres font pensent ou disent.
C’est difficile mais possible, l’important est de croire en soi quoi que l’on ait subi, il est toujours possible de se relever.
Ne perdez jamais confiance en vous même.. Que l’on soit croyant ou pas, l’important est de croire en notre dimension spirituelle qui va au delà de toutes les humiliations
En ce qui me concerne même si ma vie est toujours très difficile, que je vais sur mes 59 ans, je me dis que tout cela doit avoir du sens même si je ne le discerne pas par moments. Derrière les souffrances se cachent une sagesse que personne ne pourra plus m’enlever.
Merci pour votre témoignage aussi car c’est ensemble aussi que nous pouvons faire reculer toutes ces maltraitances dû à un système malade et une culture toxique qui finira bien par passer si chacun aussi arrête de se laisser manipuler par des conditionnements qui peuvent se transformer aussi par nos refus de les laisser nous enfermer dans le passé ou la victimisation.
Bien à vous.
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J’ai à peu près le même âge, les mêmes difficultés professionnelles et sociales, et les mêmes ressentis…
Courage à vous.
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