A mon insu

Une sensation d’urticaire me sort du sommeil.
Je m’en extrais comme si je flottais.
Je sens bien ce feu piquant.
Encore de l’urticaire, j’en ai fait toute mon enfance !

Sur mon ventre, je ressens plein de petites décharges.
Mais au lieu de gratter, ma main semble repousser quelque chose dans un mouvement lent et imprécis.
Ce qui m’a effleuré est subtilement hors de portée.

J’écoute mon corps. Je tente de m’en approcher.
Mais je suis saisie. Je suis raide, comme pétrifiée.
A ce moment-là, je comprends que quelque chose de grave se déroule.

Je résiste au sommeil.
Mon attention devient plus exercée.
Je sens une présence.
Dans le noir de ma chambre, quelqu’un est là !

Je sais maintenant qu’une main se pose sur moi.
Elle vient chercher la chaleur.
Elle palpe lentement ma chair et mon innocence.
C’est très diffus. C’est très ténu.
Mais, elle est avide.

Je ne peux pas bouger. Je ne peux rien faire.
Mes couvertures me retiennent.
Je sens son poids qui plaque les draps contre moi.
Il est assis à ma droite.

Mes jambes tentent de bouger, mon corps de se retourner.
Mais, engourdie par le sommeil, je ne résiste pas.
Et il s’efface un instant. Juste le temps que je replonge dans l’onirique.
Il en joue et cela dure.
Il me happe en toute impunité.

Et puis, je tends l’oreille.
Je surprends un souffle.
Je distingue maintenant sa respiration.
Elle est retenue, mais elle trahit une intense excitation.

Moi, je suis en apnée.
Je m’efface. Je disparais.
Je tente de savoir s’il est encore là.
Je perçois les vibrations transmises par le matelas.
Des micro-mouvements saccadés.

Je ne sais plus si la main est là.
Je ne sens plus rien.
Je suis envahie par la stupeur.
Je crois qu’un cri muet bloque ma gorge.
Je retiens mon pouls.
Je contiens tout !

Tout à coup, il n’est plus à mes côtés.
Il s’est dispersé.
Ai-je bougé ? A-t-il senti que j’étais vivante ?
Est-il parti s’asseoir sur un autre lit ?
Mes sœurs sont-elles aussi endormies ? Je crains pour elles.

Je sens comme un fantôme errer chaque nuit.
Mais je dors.
Petite fille dort en silence.
Moi, je suis perchée un peu plus haut, inaccessible.

Lucarne, sortie de l’amnésie traumatique à 40 ans

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