Al’Khan a une vie parfaite. Elle fait des études, a un chien et un cheval. Sa vie est un rêve.
On ne peut que l’envier, tout lui réussit et elle le sait. Elle a une vie rêvée.

Et puis, il y a ce jour. Ce jour maudit où son amie lui dit quelque chose qui résonne bizarrement en elle. Comme si elle avait déjà vécu ce moment là. Comme si elle se souvenait d’une phrase identique.
Sa deuxième vie commence ce jour-là.

Elle commence à avoir des ‘crises’. Des crises de sensations. Des crises de souvenirs. Comme s’il lui était arrivé quelque chose de grave. Comme si elle ne pouvait pas mettre de mot sur ce qu’elle ressent, mais elle sait que c’est trop réel pour être faux.
Elle ne comprend pas.

Elle se sent sale.
Elle a peur.
Elle ne se sent pas en sécurité.
Elle a mal.
Elle se souvient.

Elle ne sait pas de quoi elle se souvient, mais elle se souvient.
Il lui faudra près de trois mois pour pouvoir parler la première fois.

Et puis, il y a ce matin-là où elle écrit les mots pour la première fois. C’est flou, mais elle décrit ce qu’elle vit. Et puis, cette amie qui lit sa lettre qui la regarde et lui demande si cet homme l’a touchée et l’a agressée sexuellement.
Elle se sent glacée dans tout son corps. Première fois où les mots sont dits d’une autre voix.
Elle n’ose pas regarder son amie mais lui dit un timide ‘oui’.
Voilà, la bombe est lancée.

Sa nouvelle vie commence réellement. Elle qui avait une vie rêvée se retrouve dans une terreur sans nom. Elle se souvient d’un geste, d’une odeur, d’un mot. Et elle a peur. Elle est terrorisée. Toute sa vie change en un instant.
Et maintenant, il faut aller de l’avant. Essayer d’avancer.

Mais comment peut-on avancer alors qu’on sait ce qui s’est passé. Alors qu’elle sait que cet homme lui a fait tant de mal. Alors qu’elle s’est laissée toucher de manière horrible.

Elle est en crise. Tout le temps. Elle sera hospitalisée une première fois pour quelques jours, puis ensuite, elle est ‘lâchée dans la nature’. Il faut se débrouiller et tenter d’avancer. Avancer alors que sa vie s’est arrêtée.

Avancer alors qu’elle ne vit plus sa vie.
Et puis l’impression de devenir folle. Comment peut-il en être autrement ? Comment est-ce qu’on peut ne pas se souvenir de choses pareilles ? Elle ne comprend pas. Elle ne se comprend pas.

Mais une chose est réelle. Sa peur. Sa peur est réelle. C’est même plus que cela, c’est de la terreur.

Il faut avancer.
Comment avancer alors que les souvenirs sont partout.

Elle a peur de l’arrivée des nouveaux souvenirs qui la mettent toujours dans un état lamentable. Elle a peur de le croiser à nouveau. Elle a peur d’être folle. Elle a peur d’entendre un bruit dans les escaliers. Elle a peur des hommes. Elle a peur de tout.

Elle qui avait une vie rêvée n’est plus que l’ombre d’elle même.

Aujourd’hui, cela fait quatre ans que les souvenirs sont revenus. La vie est toujours une torture, mais elle y voit un peu plus clair. Elle sait qu’elle n’est pas folle. Amnésie traumatique. Stress post traumatique. Elle a pu mettre des mots sur ce qui lui arrivait.
Elle comprend sa vie mais ça ne la rend pas meilleure. Elle hait cette vie. Elle hait la vie qu’elle vit car ce n’est pas sa vie.

Elle est suivie par une psychiatre. A été hospitalisée durant plus de trois mois. A fait plusieurs tentatives de suicide. Elle hait cette vie et elle se retient tous les jours de mettre fin à ses jours.
Elle essaie d’avancer.

Elle essaie d’avancer, mais depuis le début de cette ‘deuxième vie’ tout est compliqué. Tout est affreusement compliqué.

Cette vie est une torture quotidienne.

Al’Khan.

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