Tu n’auras ni ma honte ni ma haine.

 

Tu sais, P, je ne peux ni te haïr ni avoir honte.

La honte, la haine de toi et de ta vie t’appartiennent.

Tu agonises de tes perversions et de tes mensonges

L’arrachement a été violent et la dimension perverse si grave que j’ai quitté toute ma vie d’autrefois.

Ce déchirement a broyé mes chairs et mes illusions.

Dans ce vide où j’ai cru être perdue, je me suis trouvée.

Dans cette mémoire traumatique réveillée, un autre oubli prend place : mon présent se déroule sans vous.

Quand bien même des séquelles me gênent, des reviviscences m’attrapent, existe un lieu, un temps, une vie sans toi, sans vous, sans mon passé.

Il se nomme : Présent.

Redécouvrir ce que j’avais enfoui, et qui me freinait tant, a été un chemin de larmes et de libération.

Je remercie l’Univers d’avoir su m’y confronter et d’avoir eu l’envie d’en faire ce choix.

Je t’ai compris profondément malade et dangereux. Incapable de penser à l’autre et ses besoins, encore moins à ceux de tes filles, tu préférais tes pulsions.

Dans cet oubli, le Présent divin murmure l’espace qui me soutient.

Parce que je me souviens, je retrouve la possibilité de respirer, d’ouvrir mes bras pour embrasser le Monde et la Vie.

Ces souvenirs, comme des bulles de savon, remontent pour éclater à la chaleur du soleil.

Ils dévoilent, s’évaporant, ce terreau solide, fertile et fervent qui m’a toujours habitée.

Est-il le fond de mon premier battement de cœur dans ce monde?

Un silence vivant, en moi, a résisté à tout.

Me souvenir c’est laisser mes liens s’arracher pour qu’ils ne pèsent plus sur chaque jour de ma vie.

Me souvenir c’est dire adieu en même temps.

Me souvenir, c’est tenir entre mes mains la raison de mon désespoir, verser des larmes justifiées puis installer la force de mon être entier qui s’est mis à grandir.

La nature, témoin entêté, a déterré l’interdit et le secret pour que la conscience humaine fasse œuvre juste.

Comme une esclave affranchie, j’ai retrouvé ma liberté et ma puissance.

 

Je n’ai pas besoin de te haïr et je ne peux pas avoir honte d’aimer la vie.

 

Anne Fernandes

Anne Fernandes est l’auteur du livre De lettres à l’être. Vous pouvez découvrir ICI son interview audio sur ce blog. C’est avec plaisir que nous accueillions ces textes sur le blog, dans la rubrique « L’Or des cicatrices »

Peinture : Anna Ertzbischoff – annaertzbischoffpeintures.com