« Je Suis »

Ne pas s’abandonner !

Suivre la vie qui creuse son chemin en nous.

Se ressentir comme un matériau que la vie façonne noblement.

Devenir cet aigle qui vole, le regard acéré observant le devenir de cette vie déposée entre nos mains, qui circule dans nos veines et qui passe par l’épreuve du traumatisme revécu et le dépasse un jour, réduisant les agresseurs à de grisâtres lâches informes.

Au long des années, sentir que dans la souffrance ou la joie, la vie nous a aimés alors que nous avions tant de mal à nous en rendre compte !

Arriver un jour à cet endroit où se rencontre le passé humiliant et la vie présente qui n’a aucune trace de ce vécu.

Les deux se font face, se mêlent, s’entremêlent, comme la confrontation entre deux océans qui n’ont ni la même densité ni la même couleur.

C’est le face à face de l’ombre et de la lumière qui s’affronte en nous.

Saurions-nous que nous portons la lumière sans connaitre les ténèbres qui nous ont emprisonnées ?

Nous sommes parfois arrivés à ce point central où nous pouvons parfois choisir le courant qui nous entraine loin de ce qui nous figeait.

Ce petit brin de vie qui n’a pas lâché, nous l’avons sans doute tous en partage.

Il faut le chérir, souffler dessus afin d’attiser ses cendres qui semblaient s’éteindre.

La petite flamme se rallume patiemment puis s’embrase pour redevenir foyer de notre existence en marche.

J’avais, me semblait-il, épuisé toute mon énergie pour tenir bon et traverser cette vie douloureuse, peut-être bien comme nous tous/tes.

Je m’accrochais à ressentir la seule chose qui me permettait de croire au sens de la vie : l’amour.

L’amour avant de renoncer complètement.

Le humer, le sentir palpiter au fond de moi.

Le sentir caresser la nature, relier les êtres, s’envoler dans les émotions, se dire du bout des doigts d’un artiste ou de ceux d’un amoureux/se.

L’amour comme seul sens de la vie et seul oxygène.

Il m’a peut-être préparée à faire face à la délivrance de mes refoulements.

Des ailes dont j’ignorais la présence se sont ouvertes en moi en traversant cette tempête de larmes et de terreurs.

Un jour j’ai pu lever le voile sur ce que je me cachais.

La chute a été vertigineuse mais tout, absolument tout s’est mis en marche pour que je supporte ce chemin terrifiant afin que je révèle en même temps que je revive.

Jamais je ne me suis sentie aussi aimée, entendue et comprise.

Je fais ce rêve, moi aussi, que tous et toutes nous puissions nous redresser par la dignité sacrée en nous.

Je voudrais entendre des voix qui disent « Je suis » et quoiqu’il me soit arrivé :

« Je suis »

Anne Fernandes

Anne Fernandes est l’auteur du livre De lettres à l’être. Vous pouvez découvrir ICI son interview audio sur ce blog. C’est avec plaisir que nous accueillions ces textes sur le blog, dans la rubrique « L’Or des cicatrices »

Illustration : huile sur toile de  amie Anna Ertzbischoff. Son site : www.annaertzbischoffpeintures.com