Je ne sais ni par où ni par quoi commencer. Il y a 8 mois de cela, j’écrivais pour la 1ère fois sur ce blog. Grâce au film les chatouilles, j’ai pu me libérer d’une certaine manière des 1ers maux/mots qui sont en moi. Malgré tout, j’ai toujours cette douleur, cette incompréhension, cette rage, cette tristesse, cette honte.

Ce sentiment de ressentir autant de bonheur à l’idée de se reconstruire et à la fois autant de douleur. Comment expliquer à ses proches ce paradoxe qui me fatigue tellement au quotidien ?

Depuis que j’ai pris la décision d’en parler c’est le vrai ascenseur émotionnel. Je ne sais plus qui je suis. La douleur et la colère me détruisent au quotidien. Tous les jours je me bats contre ces 2 sentiments tellement négatifs que j’exècre au possible. Tous les jours je me rappelle de moments positifs et heureux pour contrebalancer ce côté plus sombre. Chaque jour je regrette d’en avoir parlé à mes proches car je ne me supporte plus et j’ai cette impression que cela me définit. En même temps comment mes proches pourraient savoir qui je suis si je leur cachais ça cela ?

Tout est paradoxe. J’ai besoin de mes proches comme je veux les repousser le plus loin possible. J’ai besoin d’en parler comme j’ai autant besoin de me taire. J’ai besoin de pleurer comme de rire. Je me sens pleine d’énergie comme je me sens tellement fatiguée.

J’ai besoin de respirer mais je n’y arrive plus. Je me sens coincée, oppressée, perdue. Je peux être en plein milieu d’un parc tout en me sentant enfermée, n’arrivant plus à respirer. Cette sensation qui est autant physique que psychique où le sentiment du manque d’air prend tout son sens.

J’avance dans ma vie, je la reconstruis ou plutôt je la construis. Un travail stable, un achat d’appartement. Tout ça me procure beaucoup de bonheur car ce sont des projets, mes projets de vie. Une vie que j’ai longtemps cherchée, enviée, rêvée. C’est un début de quelque chose.

Malheureusement ça se fait aussi dans beaucoup de douleur. J’ai ce sentiment de vengeance qui grandit en moi et qui devient de plus en plus obsédant. J’ai ce besoin viscéral d’agir contre lui. Je cherche comment faire car il n’est plus là. Lui il est mort, il ne souffre pas et moi je suis toujours là, je souffre et j’essaie de revivre.

Donc ce sentiment de réparer cette injustice devient presque un leitmotiv et depuis quelques semaines j’ai cette idée en tête de porter plainte. Je sais que c’est la solution car je le sens au fond de moi comme une évidence. Je sais que ça sera le début de la fin de cette histoire comme une sorte de conclusion pour moi, une manière de fermer ce chapitre assez noir de ma vie et d’en ouvrir un autre bien plus heureux et léger.

Mais comment faire ? A chaque fois que je commence à me renseigner sur le moyen de porter plainte, ça me rend malade. En plus, je suis seule face à ça. Ma maman ne veut pas en entendre parler, non pas parce qu’elle ne me croit pas mais parce qu’elle souffre tout autant que moi. Je sais qu’elle est en colère contre lui, contre elle car elle n’a pas pu l’éviter, ne l’a pas vu malgré les signes. Elle refuse d’en parler ou n’en parle qu’avec beaucoup de maladresse. Je ne suis pas maman donc je peux juste imaginer sa souffrance face à cette culpabilité et cette colère qu’elle doit ressentir. Quant à mon frère, il m’aime tellement qu’il s’en veut encore plus, d’autant qu’il était dans la pièce d’à côté en train de jouer aux jeux vidéo. Il m’a toujours dit que son rôle était de me protéger comme un grand frère. Il ne me dit rien mais je ressens sa colère et sa douleur par rapport à ça. Donc je n’en parle plus avec eux. J’en parlais déjà que très rarement et à demi-mots. Maintenant, plus rien et un certain fossé s’est créé entre nous. C’est ce que je redoutais le plus. Faire souffrir les 2 personnes qui comptent le plus pour moi. Je n’ai qu’eux. Je n’ai pas de famille mise à part eux. Comment faire si je les perds à cause d’une ordure pareille ? Comment leur faire comprendre que j’ai besoin d’eux plus que jamais ?

Pour mes amies, je pense que je dois être une chieuse sans précédent pour elles. J’ai tout autant besoin de leur soutien, de les voir pour passer de bons moments que de les mettre à l’écart pour ne pas qu’elles me voient sombrer, partir en vrille. En plus, je pense que ça doit être difficile pour elles de savoir comment se comporter avec moi car je ne parle pas de ce que je ressens vraiment. Je vais parler de mon travail, me plaindre de mon chef qui me casse les pieds, des problèmes du quotidien…, mais c’est juste pour ne pas parler de ce qui est important, de ce que je ressens vraiment. Je ne veux pas qu’elles me voient pleurer ou même comme quelqu’un de vulnérable. Je ne sais pas faire, les mots ne sortent pas ou sortent mal. Plutôt que de dire « bon ce soir je suis contente de te voir, ça me fait du bien mais voilà, je ne me sens pas bien et j’ai juste besoin de pleurer, de respirer », et bien je me tais, je me renferme, je ne suis pas avec elles. Mon esprit est totalement ailleurs, je suis là avec ma douleur qui se transforme en angoisse.

Ça serait tellement plus simple de leur dire, « j’ai besoin de vous car ça y est, je me reconstruis, je suis heureuse de le faire mais ça me fait horriblement mal, c’est dur d’avancer et j’ai besoin de vous ». J’ai besoin de « vomir » cette histoire en prononçant ces mots. Et c’est pour ça que porter plainte va demeurer une des actions les plus salvatrices mais douloureuses car je vais devoir raconter, décrire, parler. Le mot « vomir » est tellement juste. Il représente vraiment ce que je ressens. Mais ça me fait tellement peur… J’ai peur de ma réaction le jour où je vais décider de le faire. J’ai déjà cette envie de tout planter pour faire n’importe quoi, pour agir sans réfléchir, pour de nouveau m’enivrer dans les fêtes, l’alcool sans me préoccuper de mon boulot, du lendemain comme je l’ai fait il y a 15 ans de cela.

Donc je me répète, un jour à la fois avec des jours avec et des jours sans, avec beaucoup de fatigue mais beaucoup d’envie, avec beaucoup de pleurs mais aussi des rires, avec des colères, beaucoup de peurs, avec de la honte, avec des projets, beaucoup de projets mais j’espère avec toujours autant d’amour de ceux qui m’entourent.

Anonyme

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