Envie de témoigner ? Oh oui !
Je viens de voir le film Les chatouilles et mes larmes n’en finissent plus de couler. Alors oui, envie de témoigner parce que ce soir, après deux jours à dégouliner de tous les côtés, à avoir des aiguilles qui me transpercent le sexe, ça gratte, ça chatouille, je ne sais pas à qui parler.
A vous ? A quelqu’un en tous cas.

Je ne sais pas à qui je pourrais parler.
A ma mère, psychanalyste, qui m’a dit qu’à l’époque on ne pensait pas que c’était grave… ? Waouh !!! Les cordonniers les plus mal chaussés ? Ben oui, encore une fois…
A mon père ? Ben, il m’a fallu quarante ans avant de le lui dire, parce que selon sa femme, je ne devais pas en parler, ça allait lui faire du mal. Du mal ? A lui ? Waouh !!! Pourquoi pas. J’hésite. Il a été la seule personne à me demander ce qui s’était réellement passé. C’est rare. Personne ne m’a jamais demandé…
A ma sœur, qui m’a dit que ce n’était pas si grave, et qu’il fallait que j’arrête de faire chier avec mon exhibitionniste…? Mon exhibitionniste ? Waouh !!! Il a fait fort, MON exhibitionniste. Je crois qu’il a dépassé son domaine de compétences…
Ce soir, j’ai très envie de parler à quelqu’un, de raconter, de dire, de pleurer, de me consoler, de consoler Odette. Ce soir j’ai très envie qu’on me console. Excusez cette impudeur, excusez cette dégoulinade, je ne sais pas à qui parler. Et puis les mots, il faut les sortir, les aérer, les dire, les exposer.

J’ai envie de témoigner, surtout parce que ça fait du bien de dire, mais aussi pour vous raconter quelque chose. J’ai un enfant. Il a aujourd’hui 15 ans. Il a fait pipi au lit jusqu’à ses 14 ans, toutes les nuits. Ça vient juste de s’arrêter, il y a un an. Il y a quatre ans, j’avais 44 ans, 36 ans après les faits, une psychologue avec qui j’ai évoqué le viol dont j’avais été victime à 8 ans, ne m’a pas lâchée.
J’en ai vu des psys… Aucun n’a jamais posé de questions quand j’ai évoqué, à mi mots, m’excusant la plupart du temps, l’abus sexuel dont j’avais été victime. Enfin, il y en a une qui m’a dit : « Il faut me raconter ! Tout ! En détail ! ». Waouh !!! J’ai tout dit. Un vrai tsunami ! Hiroshima dans ma tête, dans ma vie. J’ai raconté, 36 ans après.
Ça a été douloureux, terrible, abyssal… et salvateur. J’ai parlé. A ma mère. A mon père trois ans après. A ma sœur, un tout petit peu. Elle tourne toujours la tête dans une autre direction quand j’évoque le sujet… Et puis, sans trop comprendre pourquoi, sans trop savoir comment, j’ai pensé qu’il y avait un lien entre l’énurésie de mon fils et mon agression. J’ai fini, face à un thérapeute, avec un thérapeute, par lui en parler. Je lui ai raconté. J’ai compris ma peur de voir un jour mon fils devenir un homme, avoir une grosse bite. Oh, désolée pour les mots crus. Il m’avait dit ça, l’homme, il avait dit « Tu les aimes les grosses bites, hein, t’aimes ça ! » Je ne le savais même pas, mais j’avais peur que mon fils devienne un homme à grosse bite…
Alors lui, il s’est un peu recroquevillé, il est resté petit garçon pour que sa maman n’ait pas trop peur. Et vous savez quoi, il ne fait plus pipi au lit depuis les mots qui sont sortis. Waouh !!!

Depuis ce temps, oh il a fallu quelques mois, depuis ces mots, mon fils peut grandir. Alors oui je veux témoigner, oui il faut parler parce que les mots enfermés nous enferment tout entier, et enferment ceux qui nous entourent. Oui il faut dire. C’est extraordinaire le pouvoir des mots. C’est extraordinaire de pouvoir dire, de pouvoir en parler.

Merci de votre attention.

Eléonore

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