J’ai 31 ans.

Anorexie et boulimie depuis mes 16 ans. Addictions en tout genre durant l’adolescence. Tentative de suicide à 17 ans.
Pour tout le monde, j’étais juste une ado compliquée.
Moi, je « savais » qu’il y avait « quelque chose », mais j’étais incapable de comprendre d’où venait mon mal-être, comme si j’avais tiré un paravent filtrant sur mon enfance et le début d’adolescence. Pour sortir de cet enlisement, je suis partie sans aucune organisation mettre mon énergie au service « de ceux qui souffrent vraiment ».
En Afrique, dans les orphelinats auprès de ces bouts de chou toujours forts et souriants, j’ai cru m’être guérie.
Je suis rentrée, prête à reprendre ma vie en mains, à reprendre mes études, puis trouver un travail, la vingtaine quoi… Cette sensation de mal-être, ce fond de peur et de tristesse se sont atténués.
Quatre ans plus tard, quand le malaise, les angoisses et la boulimie sont revenus, de nouveau, pour me sauver, j’ai fui. Et ça a marché, je suis revenue forte à nouveau.

Surtout ne pas s’arrêter, ne pas penser, mais faire, faire, remplir, combler les vides et les temps morts, par tous les moyens, le travail, le sport, les relations passionnelles, les relations sans respect… Vivre, vivre trop fort, mais ressentir… Ne pas avoir le temps de regarder derrière le paravent.

Et il y a deux ans, dans le métro, alors qu’un type éméché m’a secouée pour lui avoir refusé une cigarette, ma bombe à retardement a explosé. Mon paravent a volé en éclats. D’abord le souvenir du viol avec étranglement à 15 ans, puis sont revenus les viols d’un ami de la famille quand j’avais 5 ans, ami qui « initiait » mon frère (7 ans) par la même occasion.
Cette fois, j’ai décidé de tout poser, de regarder les choses en face, persuadée que le plus dur était fait, que j’allais enfin aller mieux.

J’ai compris le pourquoi du comment : la mémoire traumatique, la haine de moi, de ce corps. Je suis accompagnée par le plus bienveillant des thérapeutes, pourtant, depuis 2 ans, je ne fais que sombrer. Je suis en arrêt de travail, je n’ai aucune vie sociale. La boulimie, les crises d’angoisse, les flash-back, les cauchemars, les insomnies, ça prend toute la place. Je crois devenir folle. J’ai l’impression de me débattre et de hurler sous l’eau et je suis épuisée.

Et puis, la semaine dernière après plusieurs années sans ciné, c’est ce film (Les chatouilles) que j’ai voulu voir. C’était douloureux, beau, lourd et léger à la fois, mais surtout plein d’espoir. Je sais pas combien de temps il me faudra pour regagner la surface, alors vous ne m’entendrez peut-être pas de dessous l’eau, mais je vous dis un grand merci.

Anonyme

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